Fuir ma mère pour tomber dans un mariage sans amour : mon cœur cherche une issue
« Tu ne vaux rien sans moi, Mia. » La voix de ma mère résonne encore dans ma tête, même ce matin, alors que je me tiens devant la fenêtre de notre appartement à Lyon. Le soleil perce à peine à travers les rideaux épais, mais je sens déjà le poids de la journée sur mes épaules. Julien dort encore dans la chambre, à quelques mètres de moi, mais il pourrait aussi bien être à des kilomètres. Depuis six mois que nous sommes mariés, il n’a jamais vraiment été là.
Je me souviens du jour où j’ai quitté la maison familiale à Dijon. Ma mère hurlait, lançant des assiettes contre le mur, m’accusant d’ingratitude. « Tu me dois tout ! » criait-elle. J’ai claqué la porte, le cœur battant, les mains tremblantes. Je croyais que la liberté m’attendait de l’autre côté. Mais la liberté a un goût amer quand on n’a nulle part où aller.
C’est alors que Julien est apparu. Un ami d’enfance, fils d’un collègue de mon père. Il m’a proposé un mariage « pratique » : il avait besoin d’une épouse pour rassurer sa famille, moi d’un toit et d’un nouveau départ. J’ai accepté sans réfléchir. Je croyais pouvoir tout recommencer, effacer le passé. Mais on n’efface pas si facilement les cicatrices.
Le matin, Julien part tôt travailler à la mairie. Il rentre tard, fatigué, évitant mon regard. Nos conversations se résument à des banalités : « Tu as pensé à acheter du pain ? », « Il va pleuvoir demain. » Parfois, il me regarde comme si j’étais une étrangère dans sa propre maison. Je me demande s’il regrette ce pacte silencieux entre nous.
Un soir, alors que je prépare le dîner, il entre dans la cuisine sans un mot. Je sens sa présence derrière moi, mais il ne dit rien. Finalement, il brise le silence :
— Tu comptes rester enfermée ici toute ta vie ?
Je sursaute. Sa voix est froide, presque agacée.
— Je… Je ne sais pas quoi faire dehors.
Il soupire et quitte la pièce. Je reste seule avec mes pensées et le bruit du couteau sur la planche.
Je n’ai pas d’amis ici. Ma mère a toujours contrôlé mes fréquentations, m’isolant du monde sous prétexte de me protéger. À l’école déjà, elle surveillait mes moindres faits et gestes, appelait les parents de mes camarades pour vérifier où j’étais. J’ai grandi dans la peur de mal faire, de décevoir.
Parfois, elle m’appelle encore. Son numéro s’affiche sur mon portable et mon cœur se serre. Je n’ose pas décrocher. Elle laisse des messages : « Tu crois que tu es heureuse sans moi ? Tu vas voir ce que c’est la vraie vie ! »
Un dimanche matin, alors que Julien lit le journal au salon, je prends mon courage à deux mains.
— Julien… Est-ce que tu es heureux ?
Il relève les yeux vers moi, surpris par ma question.
— Heureux ? Je ne sais pas… Ce n’est pas vraiment ce que j’avais imaginé non plus.
Je sens une larme couler sur ma joue. Il détourne le regard.
— On fait ce qu’on peut avec ce qu’on a, Mia.
Cette phrase me hante toute la journée. Est-ce vraiment ça, la vie adulte ? Faire « ce qu’on peut avec ce qu’on a » ?
Je commence à sortir seule l’après-midi. Je marche le long du Rhône, j’observe les familles heureuses sur les quais, les couples qui rient ensemble. Je me sens invisible parmi eux. Un jour, je croise une librairie de quartier et j’entre timidement. La propriétaire, Madame Lefèvre, me sourit chaleureusement.
— Vous cherchez quelque chose en particulier ?
Je bafouille :
— Non… Juste un peu de calme.
Elle m’invite à m’asseoir près de la fenêtre avec un livre et une tasse de thé. Pour la première fois depuis longtemps, je me sens apaisée.
Peu à peu, je prends l’habitude de venir chaque semaine. Madame Lefèvre me parle de ses enfants partis vivre à Paris, de ses souvenirs d’enfance en Bretagne. Elle ne pose pas de questions indiscrètes ; elle écoute simplement.
Un soir, en rentrant chez moi, je trouve Julien assis dans le noir.
— Tu étais où ?
Sa voix est tendue.
— À la librairie… J’avais besoin de sortir un peu.
Il ne répond pas tout de suite.
— Tu pourrais au moins prévenir quand tu pars comme ça.
Je sens la colère monter en moi.
— J’ai passé toute ma vie à demander la permission pour tout ! J’ai besoin d’air !
Il se lève brusquement.
— Ce n’est pas ce qu’on avait prévu…
Je le regarde droit dans les yeux pour la première fois depuis des mois.
— Rien ne s’est passé comme prévu pour moi non plus.
Cette nuit-là, je dors mal. Les souvenirs de ma mère reviennent en boucle : ses cris, ses reproches, sa main qui serre trop fort mon bras quand je voulais partir chez une amie. J’ai fui pour ne plus subir ça… Et pourtant, je sens une nouvelle prison se refermer sur moi.
Les jours passent et je me sens de plus en plus étrangère dans ma propre vie. Un soir, alors que je range la vaisselle, mon téléphone vibre : un message de ma mère. « Tu reviendras à genoux quand il t’aura laissée tomber ! » Je tremble en lisant ces mots. J’efface le message sans répondre.
À la librairie, Madame Lefèvre remarque mon trouble.
— Vous avez l’air fatiguée aujourd’hui…
Je craque enfin et lui raconte tout : ma mère possessive, mon mariage vide de sens, ma solitude écrasante.
Elle pose sa main sur la mienne.
— Vous avez le droit d’exister pour vous-même, Mia. Ce n’est pas égoïste de vouloir être heureuse.
Ses mots résonnent en moi comme une bouffée d’oxygène.
Ce soir-là, en rentrant chez moi, je trouve Julien assis à table. Il me regarde longuement avant de parler :
— Mia… On ne peut pas continuer comme ça. On mérite mieux tous les deux.
Je hoche la tête en silence. Les larmes coulent sans bruit sur mes joues.
Aujourd’hui, j’écris ces lignes parce que je suis perdue. J’ai fui une mère toxique pour tomber dans un mariage sans amour. Je veux croire qu’il existe une issue quelque part… Mais comment trouver le courage de tout recommencer encore une fois ? Est-ce qu’on peut vraiment guérir des blessures du passé et apprendre à s’aimer soi-même ? Qu’auriez-vous fait à ma place ?