Enceinte de huit mois, j’ai gagné une fortune… et tout s’est effondré

« Tu mens, Claire. Tu mens, c’est pas possible ! » La voix de Mathieu résonne encore dans ma tête, rauque, pleine de colère. Je me revois, debout dans notre petite cuisine de Lyon, la main tremblante sur mon ventre arrondi, le ticket de loto froissé dans l’autre. J’étais enceinte de huit mois, épuisée, mais ce jour-là, j’avais cru que la chance me souriait enfin. Trois millions d’euros. Trois millions ! J’ai cru que tout allait changer, que la vie allait enfin nous offrir un peu de répit. Mais je n’avais pas prévu la jalousie, la cupidité, la violence.

« Montre-moi ce ticket ! » a hurlé Mathieu, les yeux injectés de sang. Je lui ai tendu le papier, naïvement, pensant qu’il partagerait ma joie. Mais il l’a arraché de mes mains, l’a scruté, puis m’a regardée comme si j’étais une étrangère. « Tu vas me laisser gérer ça, hein ? Tu sais pas ce que tu fais avec autant d’argent. » J’ai senti la peur monter, une peur sourde, animale. J’ai voulu protester, lui dire que c’était mon ticket, mon argent, que j’avais droit à un peu de bonheur. Mais il n’a pas voulu m’écouter. Il a levé la main. Je n’oublierai jamais la gifle, le bruit sec, la brûlure sur ma joue. J’ai reculé, choquée, les larmes aux yeux. « Tu vas pas commencer à faire ta victime, hein ? » a-t-il craché.

J’ai passé la nuit à pleurer, recroquevillée sur le canapé, la main sur mon ventre, priant pour que mon bébé ne ressente pas tout ce chaos. Le lendemain, sa mère, Monique, est arrivée sans prévenir. Elle a débarqué, le visage fermé, et s’est assise en face de moi. « Alors, il paraît que tu as gagné au loto ? » a-t-elle lancé, sans même un bonjour. J’ai hoché la tête, incapable de parler. « Écoute-moi bien, Claire. Cet argent, il appartient à la famille. Tu vas pas tout garder pour toi, hein ? Tu sais, avec tout ce qu’on a fait pour toi… » J’ai senti la colère monter, mais je n’ai rien dit. J’étais seule, enceinte, vulnérable.

Les jours suivants ont été un enfer. Mathieu a commencé à rentrer de plus en plus tard, à boire, à crier. Il me reprochait tout : ma grossesse, mon travail à mi-temps, même ma façon de respirer. Monique venait tous les jours, fouillait dans mes affaires, me surveillait. Je n’avais plus le droit de sortir seule, plus le droit de parler à mes amies. J’étais prisonnière dans mon propre appartement, entourée de gens qui ne voyaient en moi qu’un ticket de caisse.

Un soir, alors que je préparais le dîner, j’ai surpris une conversation entre Mathieu et sa mère. Ils parlaient de moi comme d’un objet, d’une gêne. « Faut qu’elle signe les papiers, sinon on pourra rien toucher. » « T’inquiète, je vais m’en occuper. Elle va pas faire sa maligne longtemps. » J’ai compris que je devais partir. Pour moi, pour mon enfant. Mais où aller ? Mes parents étaient morts depuis longtemps, je n’avais plus de famille. Mes amies s’étaient éloignées, fatiguées de mes excuses, de mes absences.

La nuit suivante, j’ai fait ma valise en silence. J’ai pris quelques vêtements, le carnet de santé, le ticket de loto que j’avais réussi à récupérer en cachette. J’ai attendu que Mathieu s’endorme, ivre, puis je suis sortie. Il pleuvait, les rues étaient désertes. J’ai marché jusqu’à la gare, le cœur battant, chaque pas me rapprochant un peu plus de la liberté. J’ai pris le premier train pour Marseille, sans réfléchir.

À Marseille, j’ai trouvé refuge dans un foyer pour femmes en difficulté. Les premières semaines ont été terribles. Je pleurais tout le temps, j’avais peur de tout, je faisais des cauchemars. Mais les autres femmes m’ont soutenue, m’ont écoutée sans juger. J’ai rencontré Sophie, une assistante sociale, qui m’a aidée à porter plainte contre Mathieu pour violences conjugales. Elle m’a expliqué mes droits, m’a accompagnée dans toutes les démarches. Pour la première fois depuis des mois, je me suis sentie entendue, respectée.

Mon fils, Lucas, est né un matin d’avril, dans une petite chambre du foyer. Quand je l’ai pris dans mes bras, j’ai su que je ne laisserais plus jamais personne nous faire du mal. J’ai décidé de garder l’argent, de l’utiliser pour offrir à Lucas une vie meilleure. J’ai acheté un petit appartement à Marseille, j’ai repris mes études, j’ai trouvé un travail dans une association qui aide les femmes victimes de violences.

Mathieu a essayé de me retrouver, de me menacer, mais la justice a fini par le condamner. Monique, elle, a disparu de ma vie. J’ai reconstruit ma famille, entourée de femmes fortes, de nouvelles amies. L’argent n’a jamais remplacé l’amour, mais il m’a donné la liberté de choisir, de recommencer.

Aujourd’hui, quand je regarde Lucas jouer dans le salon, je me demande souvent : qu’aurais-je fait si je n’avais pas eu ce courage, cette rage de vivre ? Est-ce que l’argent révèle vraiment la nature des gens, ou est-ce la peur de perdre ce qu’on aime qui les transforme ? Et vous, qu’auriez-vous fait à ma place ?