« Je suis la femme de Marc » : Le jour où tout a basculé

— Je suis la femme de Marc.

Ces mots ont claqué dans l’air comme une gifle. Je n’ai pas tout de suite compris. Assise face à Claire, ma meilleure amie, dans ce petit café du Marais, je venais de commander un café crème, persuadée que ce samedi serait comme les autres. Mais la voix ferme et tremblante de cette inconnue a tout fait basculer.

Je l’ai regardée, debout devant notre table, manteau beige serré autour d’elle, les yeux brillants d’une colère contenue. Claire a posé sa tasse, interdite. Moi, j’ai senti mon cœur s’arrêter.

— Pardon ? ai-je murmuré, la gorge sèche.

— Je m’appelle Sophie. Je suis la femme de Marc. Je sais tout.

Tout. Ce mot résonnait dans ma tête. J’ai voulu nier, protester, mais aucun son n’est sorti de ma bouche. Claire a posé sa main sur la mienne, comme pour m’empêcher de m’effondrer.

Marc… Mon Marc. Celui qui me disait qu’il était séparé, que son mariage n’était plus qu’une façade. Celui qui me murmurait des promesses au creux de l’oreille, qui m’avait fait croire à une histoire possible. Et voilà que sa femme se tenait devant moi, le regard dur, prête à tout déballer.

— Je ne veux pas faire de scandale ici, a-t-elle poursuivi d’une voix basse. Mais il faut que tu saches à qui tu as affaire.

Je me suis sentie minuscule, honteuse. J’ai voulu me défendre, expliquer que je n’étais pas une voleuse de mari, que je croyais à ses mensonges… Mais à quoi bon ?

Sophie s’est assise sans y être invitée. Elle a sorti une enveloppe de son sac et l’a posée devant moi.

— Lis ça. Tu comprendras.

J’ai ouvert l’enveloppe d’une main tremblante. À l’intérieur, des photos : Marc et Sophie, souriants devant une maison en Bretagne ; Marc tenant un petit garçon dans ses bras ; des lettres manuscrites signées « Ton Marc pour la vie ». J’ai senti les larmes monter.

— Il t’a menti comme il m’a menti à moi. Tu n’es pas la première, tu ne seras pas la dernière.

Claire a voulu intervenir :

— Peut-être qu’on devrait en parler ailleurs…

Mais Sophie a secoué la tête :

— Non. J’en ai assez du silence et des secrets. Il faut que ça s’arrête.

Je me suis levée brusquement, le cœur battant à tout rompre. J’ai couru jusqu’aux toilettes du café, me réfugiant dans une cabine comme une enfant effrayée. Les murs semblaient se refermer sur moi. Comment avais-je pu être aussi naïve ? Comment avais-je pu croire à ses histoires ?

Je repensais à tous ces moments : les week-ends annulés à la dernière minute, les appels qu’il ne pouvait pas prendre devant moi, les silences gênés quand je lui parlais d’avenir… Tout prenait sens maintenant. J’étais la maîtresse, celle qui attend dans l’ombre.

Je suis restée là longtemps, à pleurer en silence. Quand je suis revenue à table, Sophie était partie. Claire m’a serrée dans ses bras sans un mot.

— Tu veux rentrer chez toi ?

J’ai hoché la tête. Dans le métro, les gens défilaient devant moi sans me voir. J’avais l’impression d’être invisible, d’avoir perdu toute valeur.

Le soir même, j’ai appelé Marc. Il a décroché au bout de longues sonneries.

— Allô ?

— Ta femme est venue me voir aujourd’hui.

Silence. Puis un soupir.

— Écoute, c’est compliqué…

— Non, c’est simple. Tu m’as menti. Tu nous as menti à toutes les deux.

Il a tenté de se justifier :

— Je t’aime, tu sais… Mais avec Sophie, il y a les enfants, la maison… Je ne peux pas tout quitter comme ça.

J’ai raccroché sans répondre. Les mots « je t’aime » sonnaient faux désormais.

Les jours suivants ont été un enfer. Ma mère m’a appelée :

— Tu as l’air fatiguée, ma chérie… Tout va bien avec ton travail ?

Je n’ai rien dit. Comment lui expliquer que j’étais tombée amoureuse d’un homme marié ? Que j’avais cru à ses promesses alors qu’il menait une double vie ?

À mon bureau dans le 11ème arrondissement, je faisais semblant de travailler. Mes collègues parlaient du week-end, riaient autour de la machine à café. Moi, je survivais.

Un soir, alors que je rentrais chez moi sous la pluie battante, j’ai croisé Sophie devant mon immeuble. Elle m’attendait.

— Je ne voulais pas te faire du mal, tu sais…

Elle avait l’air épuisée elle aussi. Nous sommes allées boire un verre dans un bar du quartier.

— Tu sais ce qui est le pire ? m’a-t-elle confié en fixant son verre de vin blanc. Ce n’est pas qu’il t’ait choisie toi ou une autre… C’est qu’il nous ait toutes prises pour des idiotes.

J’ai hoché la tête en silence.

— Tu comptes rester avec lui ?

J’ai haussé les épaules :

— Je ne sais même plus qui je suis sans lui…

Sophie a souri tristement :

— On mérite mieux que ça. On mérite d’être aimées pour ce qu’on est vraiment.

Cette phrase m’a hantée toute la nuit. Qui étais-je vraiment ? Une femme brisée ? Une complice involontaire ? Ou quelqu’un capable de se relever ?

Quelques semaines plus tard, j’ai décidé de partir en Bretagne seule, là où Marc et Sophie avaient été heureux autrefois. J’avais besoin de comprendre comment on survit à une telle trahison.

Sur la plage de Saint-Malo, face à l’océan déchaîné, j’ai crié toute ma colère et ma douleur. Et puis j’ai senti un apaisement nouveau : j’étais vivante malgré tout.

Aujourd’hui encore, je me demande : comment fait-on pour se reconstruire après avoir été trahie ? Peut-on vraiment tourner la page et retrouver confiance en soi ? Est-ce que vous aussi vous avez déjà vécu ce genre de trahison ?