Je ne souffrirai pas pour les dettes de tes parents – Comment la maladie de ma mère a détruit mon mariage
— Camille, tu ne peux pas continuer comme ça ! Tu sacrifies tout pour eux, et moi dans tout ça ?
La voix de Laurent résonnait dans le salon, tranchante, pleine d’une colère que je n’avais jamais entendue auparavant. Je serrais le combiné du téléphone, les larmes aux yeux, incapable de répondre. Ma mère venait de m’annoncer que sa maladie s’aggravait, que les traitements coûteraient plus cher que ce que nous pouvions imaginer. Mon père, déjà accablé par les dettes de la petite boulangerie familiale à Tours, n’avait plus la force de se battre seul. J’étais leur fille unique, leur dernier espoir.
— Je ne veux pas finir ruiné à cause de tes parents, Camille ! Tu comprends ça ?
Laurent avait toujours été pragmatique, rationnel. Il venait d’une famille aisée de Bordeaux, où l’on ne parlait jamais d’argent, parce qu’il y en avait toujours. Pour lui, aider mes parents, c’était comme jeter notre avenir par la fenêtre. Mais pour moi, c’était une évidence. Comment pouvais-je tourner le dos à ceux qui m’avaient tout donné ?
Je me souviens de cette nuit-là, assise sur le carrelage froid de la cuisine, la tête entre les mains. Les factures s’accumulaient sur la table, les lettres de relance, les ordonnances de ma mère. J’ai repensé à mon enfance, aux dimanches matin où elle me réveillait avec l’odeur du pain chaud, à la tendresse de ses bras, à la douceur de sa voix. Comment pouvais-je la laisser tomber maintenant ?
— Camille, tu dois choisir. Soit tu continues à t’occuper de tes parents, soit tu penses à nous. Je ne veux pas vivre avec le poids de leurs dettes. Je ne veux pas souffrir pour eux.
Son ultimatum m’a glacée. J’ai cherché son regard, mais il fixait le sol, les poings serrés. J’ai compris, à cet instant, que notre amour n’était pas assez fort pour supporter le poids de la maladie, de la misère, de la peur.
Les semaines suivantes ont été un enfer. Je passais mes journées à l’hôpital, à côté du lit de ma mère, lui tenant la main, essayant de lui cacher mes angoisses. Le soir, je rentrais dans un appartement silencieux, où Laurent m’attendait, distant, froid. Les disputes éclataient pour un rien : une facture oubliée, un rendez-vous manqué, un mot de trop.
— Tu n’es plus là, Camille. Tu n’es plus la femme que j’ai épousée.
Il avait raison. J’étais devenue l’ombre de moi-même, déchirée entre deux mondes. Ma mère s’affaiblissait de jour en jour, mon père s’enfonçait dans la dépression. J’ai commencé à vendre mes bijoux, puis mes vêtements, puis les meubles du salon. Laurent me regardait faire, impuissant, furieux.
Un soir, il a claqué la porte. Je l’ai retrouvé dans la rue, sous la pluie, les yeux rouges de colère.
— Je ne peux plus, Camille. Je ne veux pas finir comme ton père, à supplier les banques, à vivre dans la honte. Je veux une vie normale, tu comprends ?
J’ai voulu le prendre dans mes bras, lui dire que tout irait bien, mais les mots sont restés coincés dans ma gorge. Il est parti ce soir-là, sans se retourner. J’ai entendu la porte de l’ascenseur se refermer, et j’ai su que quelque chose s’était brisé à jamais.
Les mois ont passé. Ma mère est partie un matin de mai, dans un souffle, la main dans la mienne. Mon père a vendu la boulangerie, s’est installé dans un petit appartement à la périphérie de la ville. Laurent a demandé le divorce. Je me suis retrouvée seule, épuisée, vidée.
Mais je ne regrette rien. J’ai choisi ma famille, j’ai choisi l’amour, même s’il m’a coûté mon mariage, ma stabilité, mes rêves. Parfois, la nuit, je repense à Laurent, à ce que nous aurions pu être si la vie avait été plus douce. Mais je sais que j’ai fait ce qu’il fallait.
Est-ce que j’aurais dû agir autrement ? Peut-on vraiment tourner le dos à ceux qui nous ont tout donné, pour sauver un amour qui ne résiste pas à l’épreuve ? Et vous, qu’auriez-vous fait à ma place ?