La honte, la foi et moi : Comment j’ai trouvé la force de me relever

« Tu n’as pas honte, Camille ? » La voix de Chloé résonne encore dans ma tête, froide et tranchante comme une lame. Nous étions tous réunis dans le salon de l’appartement de Paul, mon petit ami, pour fêter son anniversaire. Les rires fusaient, les verres tintaient, et moi, je me sentais à ma place, entourée de ceux que j’aimais. Jusqu’à ce que tout s’effondre.

Je n’ai pas vu venir le piège. Chloé, ma meilleure amie depuis le lycée, s’est approchée de moi avec ce sourire en coin que je connais trop bien. Elle a sorti son téléphone et, devant tout le monde, a montré une photo de moi prise à mon insu : on m’y voyait en train de prier dans une petite chapelle du quartier. « Regardez-moi cette bigote ! » a-t-elle lancé, moqueuse. Les autres ont éclaté de rire. Paul a détourné les yeux, gêné. J’ai senti mes joues brûler, mon cœur se serrer. J’aurais voulu disparaître.

Pourquoi cette honte ? Pourquoi cette peur d’assumer ma foi ? En France, on aime bien se moquer de ceux qui croient encore. On trouve ça ringard, naïf. J’ai grandi dans une famille catholique pratiquante à Angers, mais à la fac à Nantes, j’ai vite compris qu’il valait mieux taire mes convictions pour ne pas passer pour une extraterrestre. Alors je me suis tue. J’ai fait semblant d’être comme les autres. Jusqu’à ce soir-là.

Je me suis réfugiée dans la salle de bain, les larmes aux yeux. J’entendais les éclats de voix derrière la porte. « Elle est vraiment bizarre, Camille… » « Tu savais qu’elle allait à la messe tous les dimanches ? » « Paul, tu supportes ça ? »

Paul a frappé timidement à la porte. « Camille… tu vas bien ? »

J’ai ravalé mes sanglots. « Oui, ça va. Laisse-moi juste un moment. »

Il n’a pas insisté. Je me suis regardée dans le miroir : les yeux rougis, le mascara qui coule. J’ai eu honte d’avoir honte. Honte d’avoir caché une partie de moi-même par peur du jugement des autres.

Je suis rentrée chez moi à pied, seule dans la nuit froide de novembre. Les lampadaires dessinaient des ombres sur les trottoirs humides. Je me suis arrêtée devant l’église Saint-Nicolas. J’y suis entrée sans réfléchir. L’intérieur était désert, silencieux. Je me suis assise sur un banc et j’ai fermé les yeux.

« Seigneur, pourquoi est-ce si difficile d’être soi-même ? Pourquoi ai-je si peur du regard des autres ? Donne-moi la force d’assumer qui je suis… »

J’ai prié longtemps, jusqu’à ce que le calme revienne en moi. Je me suis rappelée les paroles de ma grand-mère : « La foi n’est pas une faiblesse, Camille. C’est une force silencieuse qui te portera quand tout vacille autour de toi. »

Le lendemain matin, j’ai reçu un message de Chloé : « Désolée pour hier soir… C’était idiot. » Mais je savais que quelque chose s’était brisé entre nous. Paul m’a appelée aussi : « Je ne savais pas que c’était si important pour toi… On peut en parler ? »

J’ai accepté de le voir au café du coin. Il avait l’air mal à l’aise. « Tu sais, je t’aime comme tu es… Mais c’est vrai que je ne comprends pas toujours ce besoin de croire… »

J’ai pris une grande inspiration. « Je ne te demande pas de comprendre, juste de respecter cette part de moi. Je ne veux plus avoir honte de ce que je suis. »

Il a hoché la tête, pensif. « Je vais essayer… »

Les semaines suivantes ont été difficiles. Certains amis ont pris leurs distances ; d’autres m’ont soutenue discrètement. À la fac, les rumeurs allaient bon train : « Camille la grenouille de bénitier », chuchotaient certains dans les couloirs.

J’ai pensé à tout abandonner : la prière, la foi, pour être tranquille. Mais chaque fois que je posais un genou à terre dans cette petite chapelle, je sentais une paix profonde m’envahir. Peu à peu, j’ai compris que ma différence était une richesse et non une honte.

Un soir, ma mère m’a appelée : « Tu sais, Camille, on ne choisit pas toujours les épreuves qu’on traverse… Mais on peut choisir comment y réagir. »

J’ai décidé d’assumer pleinement qui j’étais. J’ai rejoint un groupe d’étudiants chrétiens à Nantes ; là-bas, j’ai rencontré des jeunes comme moi, tiraillés entre tradition et modernité, foi et scepticisme ambiant.

Un jour, Chloé est venue me voir après un cours : « Je voulais te dire que je t’admire… Moi, je n’aurais jamais eu le courage d’assumer comme tu l’as fait… »

J’ai souri tristement : « Ce n’est pas du courage… C’est juste que je n’en pouvais plus de me cacher. »

Aujourd’hui encore, il m’arrive d’avoir peur du regard des autres. Mais je sais que je ne suis plus seule : ma foi est mon ancre dans la tempête.

Et vous ? Avez-vous déjà eu honte d’une part essentielle de vous-même ? Est-ce qu’on peut vraiment être soi-même sans risquer le rejet des autres ?