Sous la Surface : Comment un Secret a Brisé Mon Mariage

— Tu rentres tard, Camille. Encore une réunion qui s’éternise ?

Ma voix tremble à peine, mais mon cœur bat la chamade. Camille pose son sac sur la commode, évite mon regard. Elle marmonne un « Oui, tu sais comment c’est… » avant de filer dans la salle de bains. Je reste planté là, envahi par ce malaise qui me ronge depuis des semaines. Quelque chose a changé. Son parfum reste plus longtemps sur ses vêtements, elle sourit moins, son téléphone ne quitte plus sa main.

Je m’appelle Damien, j’ai 38 ans, et jusqu’à il y a peu, je croyais que ma vie était simple. Un boulot d’ingénieur à la Part-Dieu, un appartement lumineux dans le 7e arrondissement, une femme belle et intelligente, Camille, que j’aimais depuis dix ans. Nous n’avons pas d’enfants, pas par choix mais par fatalité. Peut-être est-ce là que tout a commencé à se fissurer.

Un soir, alors qu’elle dormait profondément, j’ai fouillé son téléphone. Rien. Pas de messages suspects, pas d’appels nocturnes. Mais le doute s’est mué en obsession. J’ai fini par acheter des détecteurs audio sur internet — une folie, je le sais — et je les ai cachés derrière les livres de la bibliothèque et sous le canapé.

Les jours suivants, j’ai vécu comme un fantôme. Je partais travailler, je rentrais, je faisais semblant de sourire. Mais chaque nuit, j’écoutais les enregistrements. Au début, rien. Puis un soir, sa voix, basse, nerveuse :

— Non, il ne se doute de rien… Oui, demain à 19h comme d’habitude.

Le sol s’est dérobé sous mes pieds. J’ai écouté encore et encore. Toujours ce même prénom : « Julien ». Julien ? Je ne connais aucun Julien dans son entourage.

J’ai voulu l’affronter. Mais la peur m’a paralysé. Et si tout cela n’était qu’un malentendu ? J’ai commencé à l’espionner : ses horaires, ses trajets, ses vêtements. Je me suis surpris à sentir ses chemisiers pour y déceler une odeur étrangère.

Un vendredi soir, elle a annoncé qu’elle sortait « entre filles ». J’ai attendu qu’elle parte puis je l’ai suivie en voiture. Elle s’est arrêtée devant un petit restaurant du Vieux Lyon. J’ai vu Julien : grand, brun, élégant. Ils se sont embrassés furtivement avant d’entrer.

Je suis resté dehors sous la pluie battante pendant deux heures. Je n’ai pas eu le courage d’entrer. Quand elle est rentrée cette nuit-là, elle a trouvé mes valises dans l’entrée.

— Damien… Qu’est-ce que tu fais ?
— C’est moi qui devrais te demander ça !

Elle a blêmi. J’ai sorti mon téléphone et fait écouter l’enregistrement. Elle s’est effondrée sur le sol en sanglotant.

— Je suis désolée… Je ne voulais pas te blesser…
— Depuis combien de temps ?
— Presque un an…

Un an de mensonges. Un an où j’ai cru que tout allait bien alors que tout s’effondrait sous mes yeux.

Les jours suivants ont été un cauchemar éveillé. Ma mère m’a appelé tous les soirs :

— Damien, tu dois parler avec elle ! On ne détruit pas dix ans pour une erreur…

Mais comment pardonner ? Mon père, lui, n’a rien dit. Il m’a juste serré dans ses bras lors d’un déjeuner silencieux chez eux à Villeurbanne.

Camille a quitté l’appartement une semaine plus tard. Le vide qu’elle a laissé était assourdissant. J’ai erré dans les pièces comme un étranger dans ma propre vie. Les amis communs ont pris parti : certains m’ont soutenu, d’autres ont continué à voir Camille et Julien.

Au travail, je n’étais plus que l’ombre de moi-même. Mon collègue Pierre a tenté de me secouer :

— Damien, tu dois avancer ! Tu ne peux pas rester bloqué là-dessus toute ta vie.

Mais comment avancer quand on ne sait même plus qui on est ? J’ai commencé à douter de tout : de mes choix, de ma capacité à aimer et à faire confiance.

Un soir d’hiver, alors que la neige tombait sur les toits de Lyon, j’ai croisé Camille par hasard sur la place Bellecour. Elle était avec Julien. Nos regards se sont croisés ; elle a baissé les yeux.

Je suis rentré chez moi et j’ai pleuré comme un enfant. Pas seulement pour elle, mais pour tout ce que j’avais perdu : l’innocence, la confiance, l’espoir d’une vie simple.

Aujourd’hui encore, je me demande : est-ce moi qui ai tout gâché en laissant le doute me consumer ? Ou bien était-ce inévitable ? Peut-on vraiment reconstruire sa vie après une telle trahison ?

Et vous… qu’auriez-vous fait à ma place ?