De meilleures amies à pires ennemies : Le mariage qui a tout brisé
« Tu ne comprends donc pas, Élodie ? Ce mariage, c’est une erreur ! »
La voix de Camille résonne encore dans ma tête, tranchante comme un couteau. Nous sommes dans la cuisine de sa maison à Nantes, la veille du mariage de nos fils. Les rideaux sont tirés, la lumière blafarde éclaire son visage crispé. Je serre la tasse de café entre mes mains tremblantes. Jamais je n’aurais cru que nous en arriverions là.
Camille et moi, c’était une évidence. Depuis la maternelle, nous étions inséparables. On partageait tout : les goûters volés, les premiers chagrins d’amour, les rêves de grandes carrières à Paris. Mais surtout, on se promettait que nos familles resteraient unies, coûte que coûte. Nos fils, Lucas et Adrien, ont grandi ensemble comme des frères. On riait souvent en imaginant qu’ils se marieraient un jour — une blague qui, avec le temps, est devenue une réalité.
Quand Lucas a annoncé qu’il aimait Adrien, j’ai pleuré de joie. Camille aussi, du moins je le croyais. Mais à mesure que la date du mariage approchait, quelque chose s’est fissuré entre nous. Des regards fuyants, des silences lourds. Puis cette dispute, brutale, irréversible.
« Tu ne vois donc pas ce que les gens vont dire ? » Camille s’emporte. « Deux garçons… Nos familles… Tu sais bien que mon père ne viendra pas ! »
Je la regarde, abasourdie. « Mais tu as toujours dit que tu voulais leur bonheur ! »
Elle détourne les yeux. « Je ne pensais pas que ça irait aussi loin… »
Le lendemain, la mairie est pleine à craquer. Les invités chuchotent, certains sourient sincèrement, d’autres jettent des regards gênés. Le père de Camille est absent. Ma mère serre les lèvres, mal à l’aise. Mais Lucas et Adrien rayonnent. Ils se tiennent la main, fiers et amoureux.
Quand le maire prononce leur union, je sens les larmes couler sur mes joues. Je croise le regard de Camille au fond de la salle : elle est figée, blanche comme un linge. Elle ne sourit pas.
La fête qui suit est étrange. Les deux familles se mélangent à peine. Les amis de Lucas dansent et chantent ; ceux d’Adrien restent à l’écart. Camille disparaît rapidement. Je la retrouve dehors, assise sur le muret du jardin.
« Tu es fière de toi ? » me lance-t-elle sans me regarder.
Je m’assieds à côté d’elle. « Ce n’est pas une question de fierté… C’est leur vie, Camille. Leur bonheur. »
Elle soupire longuement. « Tu ne comprends pas… J’ai peur pour eux. Pour ce qu’ils vont subir ici. Pour ce que ça va faire à notre famille… »
Je pose ma main sur son épaule mais elle se dégage brusquement.
Les semaines passent et rien ne s’arrange. Camille ne répond plus à mes messages. Nos cafés du samedi matin deviennent un souvenir douloureux. Nos fils essaient d’apaiser les tensions mais rien n’y fait.
Un soir d’automne, Lucas rentre à la maison en larmes : « Adrien veut partir à Paris… Il dit qu’ici, il ne se sentira jamais accepté. »
Je sens mon cœur se briser. Tout ce que nous avions construit s’effondre.
Je tente une dernière fois d’appeler Camille :
— « Camille… On ne peut pas laisser nos peurs détruire ce qu’on a bâti… »
— « Il n’y a plus de ‘nous’, Élodie », répond-elle froidement avant de raccrocher.
Le départ d’Adrien et Lucas pour Paris laisse un vide immense dans nos vies. Je me retrouve seule dans cette maison trop grande, hantée par les souvenirs des rires partagés avec Camille et nos enfants.
Parfois je repense à cette promesse faite sur le banc du square : « On sera toujours là l’une pour l’autre ». Comment en sommes-nous arrivées là ? Était-ce inévitable ?
Aujourd’hui encore, je me demande : est-ce la peur du regard des autres qui a tout détruit ? Ou bien avons-nous simplement oublié ce qui comptait vraiment ?
Et vous… Jusqu’où iriez-vous pour défendre le bonheur de vos enfants ?