Quand Ma Belle-Mère Devient Ma Colocataire : Ma Vie Avec Elle et Ses Convictions
— Tu ne vas pas recommencer, Monique ! Ce n’est pas possible, pas ce soir…
Ma voix tremble. Je serre la poignée de la porte de la cuisine, les mains moites. Monique, ma belle-mère, me regarde avec ce sourire pincé qui me donne envie de hurler. Derrière elle, Gérard, son nouveau compagnon, s’installe déjà sur la chaise de Julien comme s’il était chez lui. Je sens la colère monter, mais aussi cette fatigue qui me colle à la peau depuis des mois.
Je m’appelle Claire. J’ai trente-sept ans, un mari que j’aime, Julien, et une petite fille de huit ans, Camille. Nous vivons à Lyon, dans un appartement trop petit pour quatre… alors pour cinq ? C’est l’enfer.
Tout a commencé il y a six mois. Monique a perdu son logement après une dispute avec sa sœur. Julien n’a pas hésité : « Elle n’a nulle part où aller, Claire. On ne peut pas la laisser dehors. » J’ai accepté, bien sûr. Par amour pour lui. Par devoir aussi. Mais je n’avais pas imaginé que Monique viendrait avec ses valises pleines de principes et de jugements.
Au début, c’était supportable. Elle critiquait ma façon de cuisiner (« Tu mets trop de sel »), mon organisation (« Tu devrais repasser les draps »), mon éducation (« Camille regarde trop la télé »). Je serrais les dents. Je me disais que ça passerait.
Mais le jour où elle a débarqué avec Gérard, tout a basculé.
— Gérard va rester quelques temps ici, le temps de se retourner, a-t-elle annoncé un matin en posant sa valise dans l’entrée.
J’ai cru m’étouffer. Julien n’a rien dit. Il a baissé les yeux.
Gérard… Un homme bourru, qui sent le tabac froid et parle fort. Il s’est approprié le salon en deux jours : ses journaux traînent partout, il monopolise la télécommande et râle dès qu’on met autre chose que les infos ou le foot.
Camille a peur de lui. Elle ne veut plus jouer dans le salon. Elle se réfugie dans sa chambre, casque sur les oreilles.
Moi ? Je me sens étrangère chez moi.
Un soir, alors que je rentre du travail, j’entends des éclats de voix dans la cuisine.
— Claire n’a aucune autorité sur Camille ! s’exclame Monique.
— Ce n’est pas à toi d’en juger ! répond Julien, pour une fois un peu ferme.
Je reste figée dans le couloir. J’ai envie de pleurer. J’ai envie de partir.
Les jours passent et la tension monte. Gérard critique tout : « Tu devrais faire comme ça », « À mon époque… », « Les femmes aujourd’hui… »
Un matin, je trouve Camille en train de pleurer dans la salle de bains.
— Qu’est-ce qu’il y a ma chérie ?
— Gérard m’a dit que je devais obéir parce que je suis une fille…
Je sens mon cœur se briser. Je prends Camille dans mes bras et je promets que ça va changer.
Mais comment ?
Julien est coincé entre sa mère et moi. Il fuit les conflits. Il travaille tard, il sort plus souvent avec ses amis. Je me retrouve seule à gérer les repas, les disputes, les remarques blessantes.
Un soir d’orage, tout explose.
Monique entre dans la cuisine alors que je prépare le dîner.
— Tu sais Claire, tu pourrais faire un effort pour t’entendre avec Gérard. Il est gentil au fond.
— Gentil ? Il fait peur à Camille ! Il ne respecte rien ici !
— Tu exagères…
— Non ! J’en ai marre ! C’est chez moi ici !
Ma voix résonne dans l’appartement. Julien arrive en courant.
— Qu’est-ce qui se passe ?
— Ce qui se passe ? Ta mère et son compagnon ont pris toute la place ! On n’a plus d’intimité ! Camille ne veut plus rentrer à la maison !
Julien me regarde enfin dans les yeux.
— Je suis désolé… Je ne savais pas que c’était à ce point-là…
Monique éclate en sanglots :
— Vous voulez me mettre dehors ? Après tout ce que j’ai fait pour vous ?
Le silence tombe. Gérard allume une cigarette sans rien dire.
Cette nuit-là, je dors mal. Je repense à ma vie d’avant : nos petits déjeuners tranquilles, les rires de Camille dans le salon, les soirées en amoureux avec Julien… Tout ça me semble si loin.
Le lendemain matin, j’ose enfin parler à Julien.
— On ne peut plus continuer comme ça. Il faut qu’ils partent… ou que je parte.
Il comprend. Il promet de parler à sa mère.
Quelques jours plus tard, Monique et Gérard annoncent qu’ils ont trouvé un studio en périphérie de Lyon. Ils partiront à la fin du mois.
Le soulagement est immense… mais la blessure reste profonde. Notre couple est fragilisé. Camille a du mal à retrouver sa joie d’avant. Moi, j’ai perdu une part de confiance en moi et en l’équilibre familial.
Aujourd’hui encore, je me demande : jusqu’où doit-on aller par amour ou par devoir familial ? Où placer la limite entre solidarité et sacrifice de soi ? Et vous… qu’auriez-vous fait à ma place ?