J’ai aimé le voisin, mon fils m’a rejetée : une histoire d’amour et de rupture familiale
— Tu te rends compte de ce que tu fais, maman ?! Tu veux vraiment finir seule avec ce vieux fou ?
La voix d’Hugo résonne encore dans la cuisine. Il a claqué la porte si fort que les verres ont tremblé dans le buffet. J’étais là, debout, la main crispée sur une vieille torchon, incapable de répondre. J’aurais voulu lui dire que l’amour ne prévient pas, qu’il ne regarde ni l’âge ni les convenances. Mais à quoi bon ? Il n’aurait rien entendu.
Tout a commencé un matin de mars, dans notre petit village du Lot-et-Garonne. Je venais de perdre mon mari, il y a deux ans déjà, et la maison me semblait plus froide chaque jour. Gérard, notre voisin d’en face, passait souvent devant chez moi pour promener son chien. Un jour, il s’est arrêté pour m’aider à porter des sacs de courses. Je l’ai invité à prendre un café. C’était la première fois depuis longtemps que je riais vraiment.
Gérard n’est pas beau selon les standards d’Hugo. Il a soixante ans passés, des cheveux gris en bataille et des mains abîmées par le jardinage. Mais il a ce regard doux, cette façon de parler des choses simples qui me touche. Peu à peu, nos cafés sont devenus des déjeuners, puis des balades au marché de Nérac le dimanche matin. Je me suis surprise à attendre ses messages, à guetter son pas sur le gravier.
Je savais qu’Hugo ne comprendrait pas. Depuis la mort de son père, il est devenu protecteur, presque possessif. Il vient me voir tous les week-ends depuis Bordeaux, vérifie si tout va bien, s’inquiète pour moi. Mais il ne voit pas ma solitude. Il ne voit pas que je ne suis plus seulement sa mère, mais aussi une femme qui a besoin d’exister.
Le jour où j’ai décidé de lui parler de Gérard, j’ai préparé un gâteau au chocolat, son préféré. Je voulais que tout soit doux, rassurant. Mais dès que j’ai prononcé le nom de Gérard, Hugo s’est levé d’un bond.
— Tu plaisantes ? Avec ce type qui parle tout seul à ses rosiers ? Tu sais ce que vont dire les gens du village ?
J’ai senti la colère monter en moi. Pourquoi devrais-je avoir honte ? Pourquoi devrais-je continuer à vivre comme une ombre pour ne pas déranger ?
— Je ne te demande pas d’approuver, Hugo. Je te demande juste de respecter mon choix.
Il a ri jaune.
— Ton choix ? Et moi alors ? Tu penses à moi ? Papa n’est même pas froid dans sa tombe que tu…
Il s’est arrêté net. J’ai vu dans ses yeux une douleur immense mêlée à de la trahison. J’ai voulu le prendre dans mes bras mais il s’est reculé.
— Je ne veux plus te voir.
Depuis ce jour-là, Hugo ne répond plus à mes appels. Il a bloqué mon numéro. Sa copine Camille m’a envoyé un message pour me dire qu’il était trop bouleversé pour parler.
Les jours ont passé. Gérard a essayé de me réconforter.
— Tu sais, Claire, les enfants croient toujours qu’on leur appartient… Mais tu as le droit d’être heureuse.
Mais comment être heureuse quand son propre fils vous rejette ? Les voisins chuchotent déjà sur mon passage. Madame Lefèvre m’a lancé un regard noir au marché.
Un soir, alors que je dînais seule devant la télé, j’ai entendu frapper à la porte. C’était Gérard avec un bouquet de pivoines.
— Viens marcher avec moi, Claire. Laisse-les parler.
Nous avons marché longtemps sous les étoiles. J’ai pleuré sur son épaule comme une enfant perdue.
— Je ne veux pas choisir entre toi et Hugo…
— Tu ne choisis pas, Claire. Tu vis.
Mais chaque nuit, je repense à Hugo petit garçon qui courait dans le jardin. À ses bras autour de mon cou quand il avait peur du noir. Comment ai-je pu devenir une étrangère pour lui ?
Un matin d’été, j’ai reçu une lettre d’Hugo. Une lettre pleine de reproches mais aussi de questions : « Est-ce que tu m’as déjà oublié ? Est-ce que tu penses encore à papa ? »
J’ai répondu avec tout l’amour d’une mère : « Je t’aime plus que tout. Mais j’ai aussi besoin d’aimer et d’être aimée. »
Aujourd’hui encore, je vis ce déchirement entre mon bonheur et celui de mon fils. Gérard est là, patient, tendre. Mais le vide laissé par Hugo me ronge.
Est-ce égoïste de vouloir refaire sa vie après cinquante ans ? Peut-on être mère et femme sans trahir l’un ou l’autre ? Dites-moi… Qu’auriez-vous fait à ma place ?