VIP dans ma propre famille : Comment je suis devenue une invitée dans la vie de mon fils
« Tu comprends, maman, ce n’est pas contre toi… »
La voix de Julien tremblait à l’autre bout du fil. Je serrais le combiné si fort que mes jointures blanchissaient. Ce n’était pas contre moi ? Alors pourquoi étais-je la seule à ne pas avoir reçu d’invitation au mariage de mon propre fils ?
Je m’appelle Françoise, j’ai 62 ans, et ce matin-là, j’ai compris que je n’étais plus qu’une figurante dans la vie de mon enfant. Tout a commencé il y a trois mois, lorsque Julien m’a annoncé qu’il allait épouser Camille. J’aurais dû être heureuse, fière même. Mais très vite, j’ai senti que quelque chose clochait.
Camille… Dès le début, elle m’a regardée avec cette politesse glaciale, ce sourire qui ne monte jamais jusqu’aux yeux. Elle venait d’une famille aisée de Lyon, et moi, veuve depuis dix ans, j’élève seule ma fille cadette dans notre petit appartement à Villeurbanne. Je n’ai jamais eu honte de ma vie modeste, mais face à Camille et ses parents, je me sentais soudain minuscule.
Le premier accroc est arrivé lors du dîner de fiançailles. « Françoise, vous comprenez, la cérémonie sera très intime », a-t-elle dit en jouant avec sa bague. « Nous voulons éviter les tensions familiales… »
J’ai souri, par réflexe. Mais dans mon ventre, un nœud s’est formé. Quelques semaines plus tard, j’ai appris par la cousine de Julien que la liste des invités était longue comme le bras – sauf pour moi. J’étais invitée au vin d’honneur, pas à la cérémonie ni au repas. Moi, sa mère.
J’ai appelé Julien. Il a bafouillé des excuses : « Camille veut éviter les histoires… Tu sais comment est papa… »
Son père est mort depuis dix ans.
J’ai raccroché en silence. J’ai pleuré toute la nuit. Ma fille, Lucie, m’a serrée dans ses bras : « Maman, tu mérites mieux que ça. »
Le jour du mariage est arrivé. J’ai mis ma plus belle robe bleue – celle que j’avais portée au baptême de Julien – et je suis allée au vin d’honneur. Personne ne m’a adressé la parole. Camille m’a saluée d’un signe de tête, puis s’est tournée vers ses amis. Julien m’a embrassée sur la joue : « Merci d’être venue, maman. »
Je suis rentrée chez moi avant la fin. J’ai passé la soirée à regarder les photos sur Facebook : Julien rayonnant au bras de Camille, entouré de ses beaux-parents, de ses amis d’école de commerce… Moi, je n’existais pas.
Trois semaines plus tard, Camille est venue chez moi. Elle avait besoin d’argent pour leur voyage de noces – « un petit coup de pouce », a-t-elle dit en souriant comme si rien ne s’était passé.
J’ai senti la colère monter. « Tu me demandes de l’argent alors que tu m’as effacée du plus beau jour de la vie de mon fils ? »
Elle a haussé les épaules : « C’est Julien qui n’a pas voulu te déranger… »
J’ai refusé. Pour la première fois depuis longtemps, j’ai dit non.
Julien ne m’a plus appelée depuis. Lucie me répète que j’ai bien fait, mais chaque soir je regarde les photos sur ma commode : Julien bébé dans mes bras, son premier cartable… Où est passé ce petit garçon qui me disait qu’il m’aimait plus fort que tout ?
Parfois je me demande : est-ce que la famille a encore un sens aujourd’hui ? Est-ce que l’argent et les apparences valent plus que l’amour d’une mère ? Qu’auriez-vous fait à ma place ?