Repos ? D’abord, rembourse ton prêt immobilier ! – Le drame d’une famille française pour un toit à soi
« Tu exagères, Camille ! C’est ton frère, il n’avait nulle part où aller ! » La voix de ma mère résonne encore dans l’entrée, alors que je reste figée devant la porte de mon propre appartement. L’odeur de tabac froid me prend à la gorge. Des cartons éventrés jonchent le sol, des vêtements sales s’entassent sur le canapé. Je serre la main de mon fils, Paul, qui me regarde avec de grands yeux inquiets.
Je n’ai pas eu une minute de répit depuis des mois. Entre mon travail à la mairie de Lille, les devoirs de Paul et les factures qui s’accumulent, chaque jour ressemble à une course contre la montre. Mon mari, Jérôme, fait des heures supplémentaires sur les chantiers pour qu’on puisse enfin rembourser ce fichu prêt immobilier. On avait prévu de partir trois jours à la mer, juste pour souffler… Mais à notre retour, c’est le chaos.
Ma mère, Françoise, m’attend dans la cuisine. Elle a ce regard dur, celui qu’elle réserve aux reproches. « Tu ne comprends pas, Camille. Ton frère a tout perdu. Il a besoin d’aide. » Je sens la colère monter. « Et moi ? Qui m’aide, moi ? Qui paie ce toit ? Qui se prive pour que Paul ait une chambre à lui ? »
Mon frère, Sébastien, sort de la salle de bain en caleçon, un sourire gêné sur les lèvres. « Salut Cam’, je savais pas que tu rentrais si tôt… » Il évite mon regard. Je vois bien qu’il a honte, mais il ne bouge pas d’un pouce. Ma mère pose une main sur son épaule comme pour le protéger.
Le soir même, Jérôme explose : « C’est pas possible ! On se tue au boulot pour payer ce crédit et voilà qu’on doit partager avec ton frère ? Il n’a jamais rien foutu de sa vie ! » Je n’ai pas la force de répondre. Je me sens trahie par ma propre mère, prise au piège entre deux loyautés impossibles.
Les jours passent et la tension devient insupportable. Sébastien squatte le salon, laisse traîner ses affaires partout et vide le frigo sans vergogne. Paul ne dort plus bien ; il a peur de traverser le couloir la nuit. Jérôme s’enferme dans le silence ou claque les portes. Moi, je pleure en cachette dans la salle de bain.
Un soir, alors que je rentre tard du travail, je surprends une conversation entre ma mère et Sébastien :
— Tu verras, elle finira par accepter. Elle est trop gentille.
— J’espère… Parce que franchement, dormir dehors…
Je me retiens de hurler. Gentille ? Non. Fatiguée, oui. Épuisée même. Je repense à toutes ces années où j’ai dû me débrouiller seule parce que ma mère préférait toujours aider Sébastien, le « pauvre garçon fragile ». Moi, j’étais la forte, celle qui ne demandait rien.
Un samedi matin, je craque. Je pose une lettre sur la table :
« Maman, Sébastien,
Je ne peux plus continuer comme ça. Cet appartement est le fruit de notre travail à Jérôme et moi. Nous avons besoin d’espace pour notre famille. Sébastien doit partir avant la fin du mois.
Camille »
Ma mère me regarde comme si je venais de la trahir à mon tour : « Tu es égoïste ! Tu as oublié d’où tu viens ? »
Je lui réponds les larmes aux yeux : « Non maman, mais c’est toi qui as oublié ce que ça coûte d’avoir un toit. Ce n’est pas un caprice ! »
Sébastien part sans un mot quelques jours plus tard. Ma mère ne me parle plus pendant des semaines.
Jérôme retrouve peu à peu le sourire ; Paul recommence à dormir paisiblement. Mais moi ? J’ai l’impression d’avoir perdu quelque chose d’essentiel. La famille… Est-ce que ça veut dire tout accepter ? Jusqu’où doit-on aller pour aider ceux qu’on aime sans se perdre soi-même ?
Parfois je me demande : est-ce que j’ai eu raison ? Ou est-ce que j’ai sacrifié l’amour familial sur l’autel de la tranquillité ? Qu’auriez-vous fait à ma place ?