Pourquoi j’ai interdit à ma fille de divorcer de son mari riche : l’histoire d’une mère déchirée
« Tu ne comprends donc pas, Camille ? » Ma voix tremble, mais je ne peux m’empêcher de la hausser. « On ne quitte pas un homme comme Guillaume. Tu ne réalises pas la chance que tu as ! »
Camille me regarde, les yeux rougis par les larmes, mais son menton reste haut. « Maman, je ne l’aime plus. Je n’ai jamais été heureuse avec lui. »
Je serre les poings, sentant la colère et la peur se mêler dans ma poitrine. Comment peut-elle être aussi ingrate ? Depuis toute petite, elle rêvait de cette vie : les robes de créateurs, les vacances à Saint-Tropez, les dîners dans les restaurants étoilés. J’ai tout sacrifié pour qu’elle ait accès à ce monde-là. J’ai travaillé jour et nuit comme infirmière à l’hôpital de Tours, économisé sou après sou pour qu’elle fréquente les bonnes écoles, qu’elle apprenne le piano et l’anglais. Je me suis privée pour qu’elle puisse porter des chaussures vernies alors que je raccommodais mes vieux manteaux.
Et puis il y a eu cette rencontre avec Guillaume lors d’un gala de charité. Il était beau, élégant, héritier d’une famille d’industriels lyonnais. Il a tout de suite été séduit par Camille. J’ai vu dans ses yeux la promesse d’un avenir sans soucis, loin des fins de mois difficiles et des factures impayées. J’ai poussé Camille à accepter ses avances, à ignorer ses petites manies agaçantes, ses absences répétées. « Ce n’est rien », lui disais-je. « Les hommes comme lui sont occupés, c’est normal. »
Mais aujourd’hui, elle veut tout jeter par la fenêtre. Elle parle d’amour, de liberté, comme si cela pouvait payer le loyer ou remplir le frigo. Elle ne sait pas ce que c’est que de compter chaque centime, de se priver pour offrir un peu de bonheur à ses enfants.
« Tu crois que je n’ai pas vu comment il te parle ? » souffle-t-elle soudain. « Tu crois que je n’ai pas remarqué tes regards quand il me rabaisse devant ses amis ? »
Je détourne les yeux. Oui, j’ai vu. Mais je me disais que ce n’était pas grave, que ça passerait. Après tout, dans mon temps, on supportait bien pire pour garder un toit sur la tête.
« Camille… » Je tente une dernière fois. « Réfléchis. Tu as une maison magnifique, une petite fille qui ne manque de rien… Tu veux vraiment tout perdre pour une histoire de sentiments ? »
Elle éclate en sanglots. « Je préfère être pauvre et libre que riche et malheureuse ! »
Ses mots me frappent comme une gifle. Je repense à mon propre mariage avec Gérard, ouvrier chez Michelin. Nous n’avions rien, mais nous étions soudés. Pourtant, la pauvreté nous a usés, a tué l’amour à petit feu. J’ai peur pour elle, peur qu’elle regrette amèrement son choix.
Le soir même, je rentre chez moi et m’effondre sur le canapé. Gérard me regarde sans un mot, puis pose sa main sur la mienne.
« Tu sais, Mireille… Peut-être qu’on s’est trompés en pensant que l’argent suffisait au bonheur. »
Je secoue la tête. « Mais elle va souffrir… Le monde est cruel avec les femmes seules, surtout avec un enfant. »
Il soupire. « Peut-être qu’elle est plus forte que tu ne le crois. »
Les jours passent et Camille s’installe chez moi avec sa fille, Léa. Je la vois lutter pour retrouver du travail, affronter les regards des voisins qui murmurent déjà : « Elle avait tout et elle a tout gâché… » Je sens leur jugement peser sur moi aussi.
Un soir, alors que je borde Léa dans son lit improvisé dans le salon, Camille s’assied à côté de moi.
« Tu m’en veux ? » demande-t-elle d’une voix brisée.
Je prends sa main dans la mienne. « Je t’en veux d’avoir brisé mes rêves pour toi… mais je t’aime trop pour te laisser tomber. »
Elle sourit faiblement et pose sa tête sur mon épaule.
Les semaines deviennent des mois. Camille trouve un poste d’assistante dans une petite agence immobilière. Ce n’est pas le luxe auquel elle était habituée, mais elle rentre chaque soir fatiguée mais apaisée. Léa rit à nouveau.
Un dimanche matin, alors que nous prenons le petit-déjeuner toutes les trois autour de la vieille table en formica, Camille me regarde droit dans les yeux.
« Merci de m’avoir laissée choisir ma vie, maman… même si tu ne comprenais pas au début. »
Je sens mes larmes couler sans pouvoir les retenir.
Aujourd’hui encore, je me demande si j’ai eu raison de vouloir imposer mes peurs à ma fille. Est-ce vraiment cela être mère : protéger coûte que coûte ou apprendre à lâcher prise ? Et vous… jusqu’où iriez-vous pour le bonheur de vos enfants ?