Ma mère a laissé mon frère conduire ma voiture… et tout a explosé

« Tu n’as pas le droit de me parler comme ça, Camille ! » La voix de ma mère résonne encore dans la cuisine, tranchante comme un couteau. Je serre les poings, les larmes aux yeux, incapable de croire ce qui vient de se passer. Ce matin-là, je lui ai confié ma Clio, mon unique moyen d’aller travailler à la médiathèque de la ville. J’avais confiance en elle. Mais en rentrant ce soir, j’ai trouvé mon frère, Thomas, assis sur le canapé, la tête basse, les mains tremblantes.

« Camille… je suis désolé. »

J’ai compris tout de suite. Il n’a même pas eu besoin de finir sa phrase. Ma voiture, celle que j’ai achetée après des années de petits boulots étudiants, celle qui m’a permis de devenir indépendante, n’était plus qu’un tas de ferraille sur le parking d’un supermarché à deux kilomètres d’ici.

« Comment tu as pu ? » ai-je crié à ma mère. « Tu savais que je ne voulais pas que Thomas la conduise ! »

Elle a haussé les épaules, fatiguée, comme si tout cela n’était qu’un détail. « Il avait besoin d’aller chercher des médicaments pour sa migraine. Tu sais bien qu’il n’a pas de voiture… »

Mais ce n’est pas la première fois que Thomas fait une bêtise. Il a déjà eu un accident avec le scooter de mon père il y a deux ans. Et chaque fois, c’est moi qui ramasse les morceaux.

Je me revois, adolescente, ramassant les assiettes cassées après une dispute entre eux deux. Toujours celle qui répare, qui console, qui pardonne. Mais là… là, c’est trop.

« Tu ne comprends pas ! » Ma voix tremble. « Je vais devoir payer les réparations toute seule ! L’assurance ne couvre rien parce qu’il n’était pas déclaré conducteur ! »

Thomas s’approche, la voix cassée : « Je vais te rembourser, promis… »

Je ris jaune. Il est au chômage depuis six mois. Comment pourrait-il me rembourser ?

Ma mère s’énerve : « Arrête de faire ta victime ! C’est qu’une voiture ! »

Mais pour moi, ce n’est pas qu’une voiture. C’est mon indépendance, mes économies, mes projets d’été qui s’envolent. Je devais partir en Bretagne avec Julie en août. Maintenant ? Je ne sais même pas comment je vais aller travailler lundi.

Le silence tombe dans la maison. Mon père rentre du travail, pose son sac et comprend tout de suite à nos visages fermés que quelque chose ne va pas.

« Qu’est-ce qui se passe ici ? »

Ma mère soupire : « Camille fait encore des histoires pour sa voiture… »

Je sens la colère monter en moi comme une vague noire. Pourquoi est-ce toujours moi la responsable ? Pourquoi est-ce à moi de tout encaisser ?

Je monte dans ma chambre en claquant la porte. J’entends Thomas pleurer en bas. Je voudrais lui pardonner, mais je n’y arrive pas.

Le lendemain matin, je découvre un mot glissé sous ma porte :

« Camille,
Je suis vraiment désolé pour ce que j’ai fait. Je sais que tu ne me fais plus confiance et tu as raison. J’essaierai de trouver un boulot pour te rembourser petit à petit.
Thomas »

Je relis le mot dix fois. Je voudrais y croire. Mais je connais mon frère : il promet beaucoup, il tient rarement parole.

Au petit-déjeuner, ma mère ne me regarde même pas. Elle prépare le café en silence.

« Tu pourrais au moins t’excuser », je lance.

Elle se retourne brusquement : « Excuser quoi ? D’avoir voulu aider ton frère ? Tu crois que c’est facile d’être mère ? »

Je baisse les yeux. Peut-être qu’elle a raison. Peut-être que je suis trop dure. Mais pourquoi est-ce toujours moi qui dois faire des efforts ?

Les jours passent et l’ambiance à la maison devient irrespirable. Mon père tente d’arrondir les angles : « On va trouver une solution ensemble… » Mais je sens qu’il est aussi perdu que moi.

Je commence à regarder les annonces pour des voitures d’occasion sur Le Bon Coin. Les prix me donnent le vertige. Je calcule et recalcule mon budget sur un vieux carnet : il me manque au moins 2 000 euros pour réparer ou remplacer la Clio.

Un soir, alors que je rentre tard du travail à pied sous la pluie, je croise Thomas devant la boulangerie du quartier.

« Camille… tu veux qu’on parle ? »

Je m’arrête, trempée jusqu’aux os.

« Tu sais ce que ça représente pour moi cette voiture ? Tu sais combien j’ai galéré pour l’avoir ? »

Il baisse la tête : « Je sais… Je suis nul… »

Je soupire : « Ce n’est pas toi qui es nul, c’est cette famille qui ne sait pas poser de limites… »

Il me regarde enfin dans les yeux : « Je vais changer, promis… »

Je voudrais le croire. Mais au fond de moi, une petite voix me dit que rien ne changera tant que chacun refusera de prendre ses responsabilités.

Aujourd’hui encore, la voiture est au garage et la tension plane à la maison comme un orage d’été prêt à éclater.

Est-ce que c’est ça, être une famille ? Toujours pardonner sans jamais être entendue ? Ou bien faut-il parfois dire stop et penser à soi ? Qu’en pensez-vous ?