La Nuit Où Tout a Basculé : Mon Combat pour Ma Famille et Ma Foi
« Maman, j’ai mal au ventre… »
La voix de Paul, mon fils de huit ans, résonne dans le couloir sombre. Il est deux heures du matin, la pluie martèle les vitres de notre appartement à Lyon. Je me précipite vers sa chambre, le cœur battant. Paul est recroquevillé sur son lit, le visage pâle, trempé de sueur. Je pose ma main sur son front brûlant. La fièvre est là, implacable.
« Pierre ! Viens vite ! »
Mon mari surgit, encore ensommeillé. Il me lance un regard inquiet. Depuis des semaines, la tension règne entre nous. Les factures s’accumulent, son travail à l’usine est menacé par un plan social. Nous sommes à fleur de peau. Mais ce soir, tout cela s’efface devant la détresse de notre enfant.
« On appelle le SAMU ? » souffle Pierre.
Je hoche la tête, la gorge serrée. Pendant que Pierre compose le numéro d’urgence, je serre Paul contre moi. Je murmure une prière, presque sans y croire : « Seigneur, protège-le… »
Les minutes s’étirent, interminables. Paul gémit, sa respiration devient sifflante. J’essaie de rester forte, mais à l’intérieur, je vacille. Je repense à ma mère qui disait toujours : « Quand tout s’effondre, prie. » Mais ce soir, ma foi chancelle.
L’ambulance arrive enfin. Les brancardiers emportent Paul. Je monte avec lui à l’arrière du véhicule, laissant Pierre derrière moi, debout sous la pluie battante. Dans l’ambulance, je serre la main de mon fils. Il me regarde avec des yeux pleins de peur.
« Maman… tu crois que je vais mourir ? »
Je ravale mes larmes. « Non, mon cœur. Dieu veille sur toi. »
À l’hôpital Édouard-Herriot, tout s’enchaîne : examens, perfusions, médecins qui parlent trop vite. On suspecte une appendicite aiguë. Il faut opérer d’urgence.
Dans la salle d’attente glaciale, je m’effondre sur une chaise. Je sors mon chapelet de mon sac — un vieux souvenir de ma grand-mère — et je prie comme jamais auparavant. Je supplie Dieu de sauver mon fils, de me donner la force de tenir bon.
Les heures passent. Pierre me rejoint enfin. Il est trempé, les traits tirés.
« Tu aurais pu m’attendre… »
Sa voix est sèche, pleine de reproches.
« J’ai suivi l’ambulance ! Tu voulais que je fasse quoi ? »
La colère monte entre nous, brutale. Ce n’est pas le moment, mais tout explose : nos peurs, nos frustrations, nos non-dits.
« Tu n’es jamais là quand il faut ! »
« Et toi ? Tu passes ton temps à prier au lieu d’agir ! »
Je me lève d’un bond.
« Tu crois que c’est facile pour moi ? Tu crois que je ne me bats pas ? »
Un silence lourd tombe entre nous. Je sens les regards des autres parents dans la salle d’attente. Je m’éloigne pour pleurer en paix.
Je m’assois dans un couloir désert et je ferme les yeux. Je me sens seule au monde. J’ai envie de hurler ma colère contre Dieu : pourquoi nous ? Pourquoi maintenant ?
Mais au fond de moi, une petite voix persiste : « Tiens bon. »
Je repense à tous ces dimanches à l’église Saint-Nizier, aux chants qui réchauffaient mon cœur enfant. Je me souviens du sourire de Paul quand il allumait un cierge avec moi après la messe.
Alors je recommence à prier. Pas une prière parfaite — juste un cri du cœur : « Seigneur, ne m’abandonne pas… »
L’aube finit par se lever sur Lyon. Le chirurgien vient nous voir : « L’opération s’est bien passée. Votre fils va s’en sortir. »
Je m’effondre dans les bras de Pierre. Nous pleurons ensemble — de soulagement, d’épuisement.
Les jours suivants sont difficiles. Paul doit rester à l’hôpital pour surveiller son état. Je dors sur une chaise près de lui, je veille ses nuits agitées. Pierre vient tous les soirs après le travail ; il apporte des dessins faits par notre fille Lucie pour son frère.
Peu à peu, quelque chose change entre Pierre et moi. Nous parlons davantage — pas seulement des factures ou des soucis du quotidien — mais aussi de nos peurs, de nos rêves brisés et de ce que nous voulons transmettre à nos enfants.
Un soir, alors que Paul dort enfin sans fièvre, Pierre me prend la main.
« Tu sais… J’ai prié aussi cette nuit-là… Je ne savais pas comment faire… Mais j’ai prié pour qu’on ne se perde pas toi et moi… »
Je serre sa main plus fort.
« On ne se perdra pas… Tant qu’on garde espoir… »
Quand Paul rentre enfin à la maison, il court dans les bras de sa sœur et rit comme si rien ne s’était passé. Mais moi, je sais que quelque chose a changé en moi — une force nouvelle est née dans cette nuit d’angoisse.
Aujourd’hui encore, quand la vie devient trop lourde, je repense à cette nuit-là et à cette prière murmurée dans le noir.
Est-ce que vous aussi vous avez déjà douté ? Est-ce que la foi vous a déjà aidés à traverser l’épreuve ?