« Je ne veux pas être maman ! » – Le cri de ma fille qui a bouleversé notre famille
« Je ne veux pas être maman ! Je veux sortir, voir mes amis, vivre ! »
La voix de Camille résonne encore dans ma tête, tranchante, désespérée. C’était un jeudi soir, dans notre appartement à Lyon. J’étais en train de préparer le dîner quand elle a claqué la porte de sa chambre, les larmes aux yeux. Je l’ai suivie, le cœur battant, sentant que quelque chose d’irréversible était en train de se produire.
— Camille, qu’est-ce qui se passe ?
Elle s’est effondrée sur son lit, les bras croisés sur son ventre. Elle avait dix-sept ans, mon bébé, et soudain je la voyais adulte, brisée par un secret trop lourd.
— Je suis enceinte, maman…
Le temps s’est arrêté. J’ai senti mes jambes fléchir. Mon mari, François, est arrivé derrière moi, inquiet. Il a compris en voyant nos visages.
— Ce n’est pas possible… Camille…
Elle a hurlé alors, d’une voix étranglée :
— Je ne veux pas de ce bébé ! Je ne veux pas être comme toi ! Je veux vivre !
Le choc. La honte. La peur. Tout s’est mélangé. J’ai voulu la prendre dans mes bras mais elle m’a repoussée violemment.
— Tu ne comprends pas ! Tu as tout sacrifié pour nous, tu n’as jamais voyagé, tu n’as jamais eu de vie à toi ! Moi je veux autre chose !
J’ai senti la colère monter en moi. Comment pouvait-elle dire ça ? N’avait-elle pas vu tout ce que j’avais fait pour elle ? Mais au fond, je savais qu’elle avait raison. J’avais mis ma vie entre parenthèses pour mes enfants. Et maintenant, c’était elle qui portait ce poids.
Les jours suivants ont été un enfer. François s’est enfermé dans le silence, fuyant la réalité devant les matchs de foot à la télé. Mon fils Paul, plus jeune, ne comprenait rien à l’ambiance électrique qui régnait à la maison.
Camille sortait sans prévenir, rentrait tard, les yeux rougis. Je l’espionnais presque, cherchant à savoir qui était le père. Un garçon du lycée, Hugo. Il n’a jamais daigné venir nous voir.
Un soir, alors que je tentais une énième discussion :
— Camille, tu dois prendre une décision…
Elle m’a regardée avec une haine froide :
— C’est mon corps ! Tu veux que je sois malheureuse toute ma vie ?
J’ai craqué. Les mots ont fusé :
— Tu crois que c’était facile pour moi ? Tu crois que j’ai choisi cette vie ?
Elle a pleuré longtemps ce soir-là. Et moi aussi.
Le lendemain matin, j’ai trouvé une lettre sur la table de la cuisine :
« Maman,
Je pars chez Manon quelques jours. J’ai besoin de réfléchir loin d’ici. Je t’aime mais je ne peux plus respirer dans cette maison. »
J’ai appelé Manon en panique. Sa mère m’a rassurée : Camille était là, en sécurité. Mais j’avais perdu ma fille.
Les jours ont passé. J’ai dû affronter les regards des voisins, les murmures au supermarché : « Tu as entendu pour la fille des Martin ? » Même ma propre mère m’a appelée :
— Claire, tu as perdu le contrôle sur ta fille…
J’ai eu envie de hurler. Où étais-tu quand j’avais besoin d’aide ? Pourquoi tout le monde jugeait-il sans savoir ?
Un soir, Camille est rentrée. Elle avait changé. Plus calme, plus déterminée.
— Maman… J’ai pris rendez-vous au planning familial.
J’ai senti mon cœur se serrer. Elle a continué :
— Je veux avorter. Je ne suis pas prête à être mère. Je sais que tu es déçue…
Je l’ai prise dans mes bras cette fois-ci. J’ai pleuré avec elle.
— Ce n’est pas à moi de décider pour toi… Je t’aime, Camille.
François a eu plus de mal à accepter. Il a crié, il a pleuré aussi. Mais il a fini par comprendre.
L’intervention s’est bien passée. Camille est revenue différente. Plus mature, mais aussi plus fragile.
Les semaines suivantes ont été difficiles. Elle a repris le lycée mais a perdu beaucoup d’amies qui ne comprenaient pas son choix. Les réseaux sociaux sont devenus un enfer : insultes anonymes, jugements cruels.
Un soir d’hiver, elle est venue me voir dans la cuisine :
— Maman… Est-ce que tu me détestes ?
J’ai pris sa main :
— Jamais. Tu es ma fille et je serai toujours là pour toi.
Aujourd’hui encore, la blessure est là. Mais nous avons appris à parler autrement. À nous écouter sans juger.
Je me demande souvent : combien de familles vivent ce drame en silence ? Combien de jeunes filles portent seules ce poids ? Et vous… qu’auriez-vous fait à ma place ?