Je n’ai jamais été mariée : Comment la trahison de mon fiancé et de sa mère a brisé mes rêves
« Tu ne comprends donc rien, Camille ? » La voix de Madame Lefèvre résonne encore dans ma tête, froide et tranchante comme une lame. Je me revois, debout dans le salon aux rideaux tirés, le cœur battant à tout rompre. Julien, mon fiancé, évite mon regard, les mains crispées sur la table basse. Je sens que quelque chose m’échappe, que l’air est chargé d’un secret trop lourd pour mes épaules.
Tout avait pourtant commencé comme dans un rêve. Après cinq ans d’études à Lyon, j’étais rentrée à Dijon, mon diplôme en poche et des projets plein la tête. Julien et moi nous étions rencontrés à la fac, lors d’un atelier théâtre. Il avait ce sourire désarmant et cette façon de me regarder comme si j’étais la seule au monde. Très vite, nous étions devenus inséparables. Nos familles s’étaient rencontrées, les invitations avaient fusé, et bientôt la question du mariage s’était imposée comme une évidence.
Mais derrière les sourires polis et les repas du dimanche, je sentais une tension sourde. Madame Lefèvre, la mère de Julien, ne m’avait jamais vraiment acceptée. Elle trouvait toujours à redire : ma façon de m’habiller, mes origines modestes – mon père est facteur, ma mère infirmière – ou même ma passion pour la littérature. « Ce n’est pas un vrai métier », disait-elle en pinçant les lèvres.
Un soir de janvier, alors que nous préparions les invitations de mariage, j’ai surpris une conversation entre Julien et sa mère dans la cuisine. Je n’ai pas tout compris, mais j’ai entendu mon prénom chuchoté avec mépris. Mon cœur s’est serré. J’ai voulu croire que ce n’était rien, que le stress des préparatifs les rendait nerveux.
Mais les signes se sont multipliés : Julien devenait distant, évitait les discussions sur notre avenir. Il rentrait tard du travail, prétextant des réunions interminables. Un soir, alors que je l’attendais pour dîner, il est rentré avec le regard fuyant. « Camille, il faut qu’on parle », a-t-il murmuré.
Je me suis assise en face de lui, le souffle court. Il a hésité longtemps avant de lâcher : « Ma mère pense qu’on va trop vite… Qu’on devrait attendre… » J’ai senti la colère monter. « Et toi ? Qu’est-ce que tu veux ? » Il n’a pas répondu.
Les semaines suivantes ont été un enfer. Madame Lefèvre m’appelait pour me donner des « conseils » sur la robe, le menu, la liste des invités – toujours pour mieux me rabaisser. Un jour, elle m’a lancé : « Tu sais, Julien mérite mieux qu’une fille sans situation stable… » J’ai failli éclater en sanglots mais j’ai tenu bon.
Puis il y a eu ce fameux samedi. Je devais retrouver Julien chez ses parents pour finaliser les derniers détails du mariage. En arrivant plus tôt que prévu, j’ai entendu des voix dans le salon. J’ai reconnu celle de Madame Lefèvre : « Elle ne sera jamais à la hauteur ! Tu dois rompre avant qu’il ne soit trop tard ! »
Julien a répondu d’une voix lasse : « Maman, arrête… »
Je suis entrée sans frapper. Ils se sont tus brusquement. J’ai senti mon monde vaciller.
« Camille… » a tenté Julien.
« Alors c’est ça ? Vous complotez dans mon dos depuis des semaines ? » Ma voix tremblait de rage et de douleur.
Madame Lefèvre s’est levée, glaciale : « Je protège mon fils. Tu n’es pas faite pour lui. »
Julien n’a rien dit. Il n’a même pas essayé de me retenir quand je suis partie en claquant la porte.
Les jours suivants ont été flous. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Ma mère voulait aller parler à la famille Lefèvre mais j’ai refusé. J’avais trop honte. Comment avais-je pu être aussi aveugle ?
J’ai appris par une amie commune que Julien avait annulé le mariage officiellement deux jours plus tard. Il avait dit à tout le monde que c’était une décision mutuelle – un mensonge de plus.
J’ai sombré dans une dépression silencieuse. Les invitations non envoyées traînaient sur ma table de chevet comme un rappel cruel de ce qui aurait pu être. Mes parents tentaient de me réconforter mais je voyais bien leur inquiétude.
Un soir d’avril, alors que je marchais seule sur les quais de l’Ouche, j’ai croisé Pauline, une ancienne camarade de lycée. Elle m’a serrée dans ses bras sans poser de questions. Nous avons parlé des heures durant dans un petit café du centre-ville.
« Tu sais Camille », m’a-t-elle dit en me tenant la main, « tu n’as rien à te reprocher. Ce sont eux qui ont tout gâché. »
Ses mots m’ont fait du bien. Peu à peu, j’ai repris goût à la vie. J’ai trouvé un poste dans une petite librairie indépendante où l’on me laissait organiser des ateliers d’écriture pour enfants. J’y ai rencontré des gens formidables qui m’ont redonné confiance en moi.
Mais parfois, la nuit, je repense à tout ce gâchis. À ce rêve brisé par l’orgueil d’une mère possessive et la lâcheté d’un homme que j’aimais plus que tout.
Aujourd’hui encore, alors que je regarde les couples se promener main dans la main sous les platanes du parc Darcy, je me demande : peut-on vraiment se relever d’une telle trahison ? Peut-on un jour refaire confiance après avoir été trahie par ceux qu’on croyait aimer ?
Et vous… avez-vous déjà ressenti cette douleur sourde de l’abandon ?