Pas le prince que j’attendais : Histoire d’un amour déçu et d’une renaissance

« Tu rentres encore tard, Antoine ? » Ma voix tremble à peine, mais dans la cuisine silencieuse, chaque mot résonne comme une gifle. Il évite mon regard, pose distraitement ses clés sur la table. « J’ai eu du travail, Camille. » Mensonge. Je le sens, je le sais. Depuis des semaines, quelque chose a changé. L’odeur de son parfum ne m’appartient plus vraiment, ses messages sont devenus laconiques, ses baisers furtifs.

Je m’appelle Camille, j’ai trente-deux ans et jusqu’à ce soir-là, je croyais encore aux contes de fées. Antoine était mon prince : beau, brillant, drôle, le genre d’homme qui fait rire ma mère et pleurer d’envie mes amies. Nous nous sommes rencontrés à une fête d’anniversaire à Lyon ; il m’a offert un verre de vin blanc et m’a parlé de ses rêves d’architecte. J’ai cru à notre histoire comme on croit à la magie d’un feu d’artifice : bruyante, éblouissante, éphémère.

Mais ce soir-là, dans notre petit appartement du 7e arrondissement, j’ai compris que tout s’effondrait. Mon téléphone vibre : un message de ma sœur, Élodie. « Tu vas bien ? Tu as l’air fatiguée ces derniers temps… » Je n’ose pas lui répondre. Comment lui dire que je me sens étrangère dans ma propre vie ?

Antoine s’enferme dans la salle de bain. Je reste seule avec mes doutes. Je repense à nos débuts : les promenades sur les quais du Rhône, les éclats de rire au marché Saint-Antoine, les promesses murmurées sous les draps. Où est passé cet homme qui me disait : « Je ne te ferai jamais de mal » ?

Quelques jours plus tard, tout explose. Je découvre un message sur son téléphone : « Merci pour hier soir… Tu me manques déjà. » Le prénom : Claire. Une collègue dont il m’a parlé mille fois, toujours avec ce sourire en coin qui me mettait mal à l’aise. Mon cœur se serre, mes mains tremblent. Quand il rentre ce soir-là, je n’attends pas qu’il invente une excuse.

— Tu me trompes ?

Il hésite, baisse les yeux. Le silence est plus cruel que n’importe quelle insulte.

— Camille… Je suis désolé.

Tout s’écroule. Je crie, je pleure, je frappe du poing sur la table. Il tente de me prendre dans ses bras mais je le repousse violemment. « Sors ! » Ma voix ne me ressemble plus.

Les jours suivants sont un brouillard épais. Ma mère débarque sans prévenir : « Ma chérie, tu ne peux pas rester comme ça… Viens à la maison quelques jours. » Mais même chez elle, je me sens vide. Mon père marmonne dans sa barbe : « Je l’avais jamais senti ce type… » Élodie tente de me distraire avec des films et des gâteaux au chocolat mais rien n’y fait.

Je perds pied. Au travail, je fais semblant de sourire ; mes collègues murmurent derrière mon dos. « Elle a l’air ailleurs… » Je m’en veux d’être aussi faible. Un soir, je croise Antoine dans la rue avec Claire. Ils rient ensemble. Il me voit, détourne les yeux. J’ai envie de disparaître.

Un matin, alors que je traîne encore en pyjama à midi, Élodie s’assoit à côté de moi sur le canapé.

— Camille, tu ne peux pas continuer comme ça. Il t’a fait du mal, mais tu vaux mieux que ça.

Je fonds en larmes dans ses bras. Elle me serre fort.

— Tu sais quoi ? On va partir quelques jours à Annecy. Prendre l’air, marcher autour du lac…

Ce voyage marque un tournant. L’air frais des montagnes me réveille peu à peu. Élodie me pousse à parler, à rire à nouveau. Un soir au bord du lac, elle me dit :

— Tu n’as pas besoin d’un prince pour être heureuse.

Ses mots résonnent longtemps en moi.

De retour à Lyon, je décide de reprendre ma vie en main. J’entame une thérapie ; je commence à courir le matin ; je m’inscris à un atelier de poterie où je rencontre des femmes qui ont elles aussi connu la trahison et la douleur. Petit à petit, je retrouve confiance en moi.

Un dimanche matin, alors que je façonne maladroitement un vase en argile, une femme d’une cinquantaine d’années me sourit :

— On dit que l’argile garde la mémoire des mains qui la touchent… Peut-être qu’on peut aussi y déposer nos blessures.

Je souris pour la première fois depuis des semaines.

Les mois passent. Antoine tente de revenir ; il m’envoie des messages, m’attend devant chez moi un soir de pluie.

— Camille… Je regrette tout ce que j’ai fait.

Je le regarde droit dans les yeux.

— Moi aussi je regrette… d’avoir cru que tu étais mon prince.

Je referme la porte derrière lui sans trembler.

Aujourd’hui, je ne crois plus aux contes de fées mais je crois en moi. J’ai appris que la douleur peut devenir une force et que le bonheur se construit chaque jour, parfois sur les ruines d’un rêve brisé.

Est-ce qu’on guérit vraiment un jour des blessures du cœur ? Ou bien apprend-on simplement à vivre avec elles ?