Deux semaines de trop : Quand ma belle-mère a décidé de prendre ma place

« Tu as encore oublié de mettre du sel dans la soupe, Camille. » La voix de Monique résonne dans la cuisine, tranchante comme un couteau. Je serre la louche entre mes doigts, tentant de ne pas laisser paraître mon agacement. Deux semaines, c’est ce que Paul m’avait dit. Deux semaines, le temps que sa mère se remette de son opération de la hanche. Mais voilà déjà vingt jours qu’elle occupe la chambre d’amis, et chaque matin, je me réveille avec la boule au ventre.

Au début, j’ai fait des efforts. J’ai cuisiné ses plats préférés – potage aux poireaux, compote de pommes sans sucre –, j’ai supporté ses remarques sur la propreté du salon ou la façon dont je plie les serviettes. « Chez moi, on fait comme ça », répétait-elle en déplaçant les tasses ou en réarrangeant les coussins du canapé. Paul me lançait des regards gênés, murmurant : « Elle est fatiguée, tu sais comment elle est… »

Mais ce matin-là, tout a basculé. J’ai surpris Monique au téléphone dans le couloir : « Oui, Paul est trop gentil. Camille ? Elle ne comprend rien à la vie de famille… Je vais arranger ça. » Mon cœur s’est serré. Arranger quoi ?

Les jours suivants, Monique a redoublé d’efforts pour s’imposer. Elle a commencé à organiser les repas sans me consulter, à inviter ses amies du club de bridge pour le goûter sans prévenir. Un soir, elle a même déplacé mes affaires de la salle de bains pour y installer ses crèmes et ses pilules. Je me suis sentie étrangère chez moi.

Un soir, alors que je rentrais tard du travail, j’ai trouvé Paul et Monique installés devant un plateau-repas. Ils riaient ensemble. « On t’a laissé une assiette au frigo », m’a lancé Paul sans lever les yeux. J’ai eu envie de pleurer. Où était passé notre complicité ?

La tension est montée d’un cran quand Monique a commencé à critiquer ouvertement mon travail : « Tu travailles trop, Camille. Une femme doit être présente pour son mari. Paul a l’air fatigué ces temps-ci… » Paul ne disait rien. Il se contentait de hausser les épaules.

Un dimanche matin, alors que je préparais le petit-déjeuner, Monique s’est approchée de moi :

— Tu sais, Camille, Paul mérite mieux. Il a besoin d’une femme qui sache tenir une maison.

J’ai failli laisser tomber la cafetière. Je l’ai regardée droit dans les yeux :

— C’est chez moi ici, Monique. Je fais de mon mieux.

Elle a souri froidement :

— On verra combien de temps tu tiendras.

J’ai compris alors qu’elle ne comptait pas partir.

J’ai tenté d’en parler à Paul le soir-même :

— Ta mère me pousse à bout. Elle me critique sans arrêt, elle prend toutes les décisions…

Il a soupiré :

— Elle vient d’être opérée, Camille. Un peu de patience.

Patience ? Cela faisait déjà un mois qu’elle était là.

Les jours sont devenus insupportables. Monique a commencé à fouiller dans mes affaires, à déplacer mes vêtements dans l’armoire commune. Un matin, j’ai trouvé une lettre sur mon oreiller : « Tu n’es pas faite pour cette famille. Pars tant qu’il est encore temps. »

J’ai craqué. J’ai appelé ma sœur, Élodie.

— Viens passer quelques jours à la maison, m’a-t-elle proposé.

Mais je ne voulais pas fuir. C’était chez moi.

Un soir, alors que Paul rentrait du travail, j’ai décidé d’affronter la situation devant lui.

— Paul, il faut qu’on parle tous les trois.

Monique s’est installée sur le canapé, un air triomphant sur le visage.

— Ta mère me pousse dehors, ai-je dit d’une voix tremblante. Elle fouille dans mes affaires, elle me laisse des messages blessants…

Paul a enfin levé les yeux vers sa mère :

— Maman ? C’est vrai ?

Monique a haussé les épaules :

— Je veux juste ce qu’il y a de mieux pour toi.

Paul s’est tourné vers moi :

— Camille… Je suis désolé. Je n’avais pas vu à quel point ça te faisait souffrir.

Il y a eu un silence lourd. Puis il a ajouté :

— Maman, il est temps que tu retournes chez toi.

Monique a éclaté en sanglots :

— Après tout ce que j’ai fait pour vous !

Mais Paul n’a pas cédé cette fois.

Le lendemain matin, Monique a fait ses valises en silence. Avant de partir, elle m’a lancé un dernier regard plein de reproches.

Depuis son départ, la maison semble vide mais apaisée. Paul et moi avons beaucoup parlé. Il m’a promis d’être plus attentif à l’avenir.

Mais parfois, je me demande : combien de couples survivent vraiment à l’intrusion d’une belle-mère ? Est-ce à moi de toujours faire des efforts ? Qu’auriez-vous fait à ma place ?