« Maman, j’ai vendu la maison du lac » : Le jour où ma fille m’a trahie
« Maman, il faut qu’on parle. »
La voix de Claire tremblait à l’autre bout du fil, mais je n’y ai pas prêté attention. J’étais assise dans la salle d’attente du cabinet du Dr. Lefèvre, le cœur déjà lourd d’angoisse à cause de mes résultats médicaux. Mais rien ne m’avait préparée à ce qu’elle allait dire ensuite.
« J’ai vendu la maison du lac et la voiture. On avait besoin de l’argent. Demain, on part. »
Le monde s’est arrêté. J’ai senti mon cœur rater un battement. La maison du lac d’Annecy… Mon refuge, mon rêve, le fruit de quarante-cinq ans de travail acharné comme infirmière à l’hôpital de Chambéry. Et la voiture, mon unique moyen de garder mon autonomie depuis que mon mari est parti il y a dix ans. Tout cela envolé, en une phrase.
Je n’ai pas pu répondre. Le téléphone a glissé de mes mains. Les gens autour de moi m’ont regardée, inquiets. Une jeune femme s’est approchée : « Madame, ça va ? »
Non, ça n’allait pas. Je me suis levée en titubant et je suis sortie dans la rue, l’air glacial me fouettant le visage. J’ai appelé Claire, encore et encore. Messagerie. J’ai envoyé des messages : « Pourquoi ? Comment as-tu pu ? » Silence.
Le soir même, elle est venue chez moi avec son mari, Julien. Ils sont entrés sans même me regarder dans les yeux. Claire a posé une enveloppe sur la table : « Il fallait payer les dettes de Julien. On n’avait pas le choix. »
J’ai éclaté : « Tu n’avais pas le droit ! Cette maison était tout ce qui me restait ! »
Julien a haussé les épaules : « On est une famille, non ? »
Famille… Ce mot résonnait comme une gifle. Où était la famille quand j’ai veillé des nuits entières à l’hôpital pour payer cette maison ? Où était-elle quand j’ai enterré ton père seule parce que tu étais trop occupée à Paris ?
Claire s’est effondrée en larmes : « Maman, je t’en supplie… On va s’en sortir, tu verras… »
Mais je ne voyais rien d’autre que le vide. Je me suis enfermée dans ma chambre et j’ai pleuré comme une enfant.
Les jours suivants ont été un cauchemar. Les voisins venaient aux nouvelles : « On a vu des gens visiter la maison du lac… C’est vrai que tu la vends ? » Je n’osais pas leur dire la vérité. J’avais honte. Honte d’avoir élevé une fille capable d’une telle trahison.
J’ai essayé de comprendre. Où avais-je échoué ? Avais-je trop donné ? Pas assez aimé ? Était-ce ma faute si Claire avait épousé un homme incapable de gérer ses affaires ?
Un soir, mon petit-fils Hugo est venu me voir en cachette : « Mamie, maman pleure tout le temps… Elle dit que tu ne lui parles plus… »
Je l’ai serré contre moi. Il ne comprenait pas. Comment lui expliquer que sa mère avait volé le passé et l’avenir de sa propre mère ?
J’ai tenté d’appeler Claire à nouveau. Cette fois, elle a décroché.
« Maman… Je sais que tu me détestes… »
Ma voix tremblait : « Je ne te déteste pas, Claire. Mais tu as brisé quelque chose en moi. Tu m’as prise pour une banque, pas pour ta mère… »
Elle a sangloté : « Je voulais juste t’aider… Je croyais que tu serais fière si on s’en sortait enfin… »
« Mais à quel prix ? Tu as vendu mes souvenirs, mes racines… »
Le silence s’est installé entre nous.
Les semaines ont passé. J’ai dû quitter mon appartement pour un logement plus petit en périphérie de Chambéry. Plus de voiture pour aller voir mes amies ou faire mes courses au marché du samedi matin. Plus de maison du lac pour accueillir mes petits-enfants l’été.
Je me suis retrouvée seule avec mes regrets et mes souvenirs.
Un dimanche, alors que je rangeais une vieille boîte à photos, je suis tombée sur une lettre de mon mari décédé : « N’oublie jamais que ce que tu bâtis avec amour ne peut être détruit par personne… »
J’ai pleuré longtemps ce jour-là.
Aujourd’hui, je ne sais plus comment avancer. Je croise Claire parfois dans la rue ; elle baisse les yeux et accélère le pas. Hugo m’envoie des dessins par la poste : des maisons au bord d’un lac, des voitures rouges comme celle que j’avais.
Je me demande chaque jour : comment une famille peut-elle se déchirer ainsi ? Où est passée la confiance ? Est-ce vraiment ça, la vie qu’on laisse à nos enfants ?
Et vous, qu’auriez-vous fait à ma place ? Peut-on pardonner une telle trahison ?