« Prendre Ma Fille ? Mais… C’est Ma Vie ! »

« Tu ne peux pas faire ça, Guillaume ! » Ma voix tremble, mais je refuse de baisser les yeux. Il est déjà debout dans l’entrée, manteau sur le dos, tenant la main de notre petite Camille. Elle serre son doudou contre elle, les yeux écarquillés, perdue entre nos cris.

Guillaume ne me regarde même pas. « Je t’ai dit, je l’emmène chez ma mère ce week-end. Tu as besoin de te reposer. »

Je sens la colère monter, brûlante, acide. « Mais… Tu ne m’as rien demandé ! On n’a jamais parlé de ça ! »

Il soupire, agacé. « Tu dramatises tout, comme d’habitude. »

Tout a commencé il y a deux ans, à notre mariage à la mairie du 12e arrondissement. Je croyais à la force du couple, à la promesse de s’écouter, de se soutenir. Mais très vite, Guillaume a changé. Il a commencé à décider pour nous deux : où partir en vacances, comment gérer l’argent, même ce que Camille devait manger. Je me suis tue au début, pensant que c’était passager. Mais ce soir-là, devant la porte d’entrée, j’ai compris que je n’étais plus qu’une spectatrice dans ma propre vie.

Camille me regarde, ses petites mains tremblent. Je m’agenouille à sa hauteur. « Tu veux vraiment partir sans maman ? »

Elle secoue la tête. Guillaume s’impatiente : « Arrête de la manipuler ! »

Je me relève d’un bond. « Ce n’est pas moi qui manipule ! Tu décides tout sans moi ! »

Il claque la porte derrière lui, emportant Camille et mon cœur avec lui.

Je reste seule dans l’appartement silencieux. Les murs résonnent encore de nos disputes. Je m’effondre sur le canapé, les larmes coulent sans bruit. Je repense à mon enfance à Lyon : ma mère qui se battait pour nous garder après le divorce, les jugements silencieux des voisins, les dimanches sans papa. J’avais juré que jamais je ne ferais vivre ça à mon enfant.

Le téléphone vibre : un message de ma sœur, Sophie.

« Ça va ? J’ai entendu Guillaume au téléphone… Il t’a encore fait une scène ? »

Je tape fébrilement : « Il a pris Camille chez sa mère sans me demander. »

Quelques minutes plus tard, elle débarque chez moi avec une boîte de macarons et son franc-parler habituel.

« Tu vas le laisser faire ? »

Je secoue la tête, incapable de parler.

Sophie s’assied à côté de moi. « Tu sais, maman aussi s’est tue trop longtemps avec papa. Et regarde où ça l’a menée… »

Je ferme les yeux. Les souvenirs affluent : les cris dans la cuisine, les portes qui claquent, les silences lourds à table.

« Tu crois que je devrais partir ? »

Sophie me prend la main. « Ce n’est pas à moi de décider. Mais tu dois te battre pour Camille… et pour toi. »

La nuit tombe sur Paris. Je n’arrive pas à dormir. Je tourne en rond dans l’appartement vide, chaque jouet abandonné me rappelle l’absence de ma fille.

Le lendemain matin, je décide d’aller chercher Camille chez ma belle-mère à Vincennes. Dans le RER A bondé, je sens les regards des autres passagers sur mes yeux rougis. Une femme me sourit timidement ; je détourne le regard.

Chez ma belle-mère, l’ambiance est glaciale.

« Bonjour Claire », dit-elle sans chaleur.

Guillaume est là, assis dans le salon avec Camille sur ses genoux.

« Je viens chercher ma fille », dis-je d’une voix ferme.

Il se lève brusquement. « On doit parler. »

Je serre les poings pour ne pas trembler.

« Tu ne peux pas continuer comme ça », dit-il. « À chaque fois que je prends une décision, tu cries ou tu pleures… »

Je le coupe : « Parce que tu ne me laisses jamais le choix ! Je suis sa mère ! »

Sa mère intervient : « Vous devriez penser à Camille avant de vous disputer comme ça… »

Je sens la honte monter en moi. Mais cette fois, je ne cède pas.

« Justement », dis-je en regardant Camille dans les yeux. « Elle a besoin de ses deux parents… mais pas comme ça. Pas si on ne se respecte pas. »

Guillaume baisse enfin les yeux.

Le silence s’installe. Camille se blottit contre moi.

Sur le chemin du retour, elle me demande : « Maman, tu vas pleurer encore ? »

Je souris tristement : « Non mon cœur… Maman va se battre maintenant. »

Ce soir-là, j’écris une lettre à Guillaume :

« Nous devons parler sérieusement de notre couple et de Camille. Je ne veux plus subir tes décisions sans avoir mon mot à dire. Si tu refuses le dialogue, alors il faudra envisager une séparation… »

J’ai peur de l’avenir. Peur de revivre l’histoire de ma mère. Mais je sais aussi que je dois protéger Camille — et me protéger moi-même.

Est-ce qu’on peut encore sauver un couple quand le respect disparaît ? Ou faut-il accepter que parfois, aimer c’est aussi savoir partir ?