Mon mari a passé l’été avec son ex-femme : « Comprends, j’ai besoin de garder le contact »
— Tu ne comprends pas, Aria, c’est important pour Camille, il faut qu’on reste une famille, même si ce n’est plus comme avant.
La voix de Thomas résonne encore dans ma tête, tranchante, presque suppliante. Je me souviens de ce soir de juin, la lumière dorée du salon, la fenêtre ouverte sur les bruits de la rue, et moi, debout, glacée, un verre de vin à la main. J’ai cru que j’allais m’effondrer.
— Une famille ? Tu veux dire que tu vas passer l’été avec elle ? Avec Élodie ?
Il a baissé les yeux, gêné. — Ce n’est pas ce que tu crois. On sera là pour Camille, c’est tout. On va louer une maison à Arcachon, comme chaque année…
J’ai éclaté de rire, un rire nerveux, presque hystérique. — Comme chaque année ? Mais tu n’es plus avec elle, Thomas ! Tu es avec moi !
Il a soupiré, fatigué, comme si j’étais l’enfant capricieuse dans l’histoire. — Je sais. Mais c’est compliqué. Tu ne peux pas comprendre.
Voilà comment tout a commencé. Je suis restée là, figée, à regarder l’homme que j’aimais me glisser entre les doigts, happé par un passé qui ne voulait pas mourir. Je n’ai pas dormi cette nuit-là. J’ai tourné en rond, j’ai pleuré, j’ai envoyé des messages à Zoé, ma meilleure amie, qui m’a répondu à trois heures du matin :
« Qu’est-ce que tu vas faire ? Tu vas laisser passer ? Tu peux supporter ça ? »
Je n’en savais rien. Je me sentais trahie, humiliée, mais aussi terriblement impuissante. Thomas et Élodie avaient une fille ensemble, Camille, onze ans, une gamine adorable que j’aimais sincèrement. Mais l’idée de les imaginer tous les trois, sur la plage, à rire, à partager des souvenirs, me rendait folle. J’avais l’impression d’être l’intruse, la pièce rapportée, celle qui ne serait jamais vraiment de la famille.
Les jours ont passé, et Thomas a préparé ses valises. Il m’a embrassée sur le front, comme on embrasse une sœur, et il est parti. J’ai regardé la voiture s’éloigner, les larmes aux yeux. J’ai passé l’été seule, à Paris, à travailler, à sortir avec Zoé, à faire semblant que tout allait bien. Mais chaque soir, je rentrais dans notre appartement vide, et je me demandais ce qu’ils faisaient, là-bas, à Arcachon. Est-ce qu’ils dormaient dans la même chambre ? Est-ce qu’ils se racontaient leurs souvenirs ? Est-ce qu’il pensait à moi, ne serait-ce qu’une seconde ?
Un soir, j’ai craqué. J’ai appelé Thomas. Il a décroché, la voix joyeuse, le bruit des vagues en fond sonore.
— Salut, mon amour !
— Tu me manques, j’ai murmuré, la gorge serrée.
Il y a eu un silence. — Toi aussi, tu me manques. Mais tu sais, ici, c’est important pour Camille. Elle est tellement heureuse de nous voir ensemble…
J’ai senti la colère monter. — Et moi, Thomas ? Tu y penses, à moi ?
Il a soupiré. — Aria, je t’aime. Mais je ne peux pas effacer mon passé. Élodie fera toujours partie de ma vie. Je croyais que tu le comprenais.
J’ai raccroché, furieuse. J’ai passé la nuit à ressasser chaque mot, chaque silence. J’ai repensé à notre histoire, à tout ce qu’on avait construit. Est-ce que j’étais trop jalouse ? Trop possessive ? Ou est-ce que c’était lui qui abusait de ma confiance ?
Quand il est rentré, fin août, j’ai cru que tout allait s’arranger. Mais il était différent. Plus distant, plus secret. Il passait des heures sur son téléphone, à envoyer des messages à Élodie, « pour s’organiser avec Camille », disait-il. J’ai essayé de faire bonne figure, de ne pas poser trop de questions. Mais la jalousie me rongeait. Un soir, je n’ai pas pu me retenir.
— Tu l’aimes encore ?
Il m’a regardée, surpris. — Mais non, Aria ! C’est fini depuis longtemps. Tu le sais bien.
— Alors pourquoi tu as besoin d’elle ? Pourquoi tu passes plus de temps avec elle qu’avec moi ?
Il s’est levé, agacé. — Tu ne comprends rien. C’est pour Camille. Je ne veux pas qu’elle souffre à cause de nos histoires d’adultes.
J’ai éclaté en sanglots. — Et moi, tu t’en fiches que je souffre ?
Il s’est approché, il m’a pris dans ses bras, mais j’ai senti qu’il était ailleurs. J’ai compris, à cet instant, que quelque chose s’était brisé entre nous. Je n’étais plus la priorité. Je n’étais plus la femme de sa vie. J’étais juste… là, à attendre qu’il me choisisse, qu’il me rassure, qu’il me prouve que j’avais ma place.
Les semaines ont passé, et la tension est devenue insupportable. On se disputait pour un rien. Je fouillais son téléphone, je surveillais ses allées et venues. Je n’étais plus moi-même. Zoé m’a dit un jour :
— Tu ne peux pas vivre comme ça, Aria. Tu dois lui parler, vraiment. Ou partir.
Mais comment partir ? J’aimais Thomas. J’aimais Camille. J’aimais cette famille bancale qu’on avait essayée de construire. Mais je n’en pouvais plus d’être la seconde, la remplaçante, celle qui devait toujours comprendre, toujours pardonner.
Un soir, j’ai pris mon courage à deux mains. J’ai attendu que Camille soit couchée, et j’ai dit à Thomas :
— Il faut qu’on parle. Je ne peux plus continuer comme ça. J’ai besoin de savoir où j’en suis, où tu en es. Je ne veux pas être celle qui attend dans l’ombre. Je veux être ta femme, pas une option.
Il m’a regardée longtemps, sans rien dire. Puis il a murmuré :
— Je suis désolé, Aria. Je ne voulais pas te faire de mal. Mais je ne sais pas si je suis capable de te donner ce que tu attends. Mon passé fait partie de moi. Élodie, Camille… Je ne peux pas les effacer.
J’ai pleuré, longtemps. Puis j’ai compris que je devais penser à moi. J’ai fait mes valises, j’ai appelé Zoé, et je suis partie. J’ai laissé derrière moi l’appartement, les souvenirs, les promesses non tenues. J’ai choisi de me sauver, moi.
Aujourd’hui, je vis seule, dans un petit studio à Montreuil. J’apprends à me reconstruire, à me faire confiance. Parfois, je croise Thomas et Camille dans la rue. Ils me sourient, gênés. Je souris aussi, mais au fond, j’ai mal. J’aurais voulu que les choses soient différentes. J’aurais voulu être assez forte pour supporter tout ça. Mais est-ce vraiment à moi de tout accepter, de tout comprendre ? Est-ce qu’on peut aimer quelqu’un sans jamais s’oublier soi-même ?
Et vous, qu’auriez-vous fait à ma place ? Jusqu’où seriez-vous allés par amour ?