J’ai failli partir chez mes parents avec mon bébé de 4 mois, parce que mon mari vivait comme s’il n’était pas devenu père
Je vais être honnête, je ne reconnais plus ma vie depuis quatre mois.
J’aime mon fils plus que tout. Ça, ce n’est même pas discutable. Mais depuis sa naissance, j’ai l’impression de l’élever seule alors que je suis mariée.
Mon mari, Julien, a bien eu ses dix jours de congé paternité. Sur le papier, ça faisait presque rassurant. En vrai, il passait ses journées sur le canapé avec son ordinateur sur les genoux, à répondre à des mails, à dire « j’ai juste un truc urgent » toutes les vingt minutes.
Je venais d’accoucher, j’avais encore mal partout, je dormais par tranches de quarante minutes, et lui tapait sur son clavier pendant que le petit hurlait dans mes bras.
Au début, j’ai essayé de ne pas dramatiser.
Je me disais qu’il était stressé. Qu’il voulait bien faire. Qu’avec sa promotion, tombée au début de ma grossesse, il avait la pression. Dans sa boîte, ça ne rigole pas. Les horaires qui débordent, les messages tard le soir, les réunions qui se rajoutent au dernier moment… je connais la chanson.
Sauf qu’à force, ce n’était plus « une période chargée ». C’était devenu notre quotidien.
Il rentrait après 20h. Parfois 21h passées. Toujours avec la même voix fatiguée :
« Désolé, j’avais un dossier à boucler. »
Le week-end, je croyais souffler un peu. Pas du tout.
Le samedi matin, il partait faire du vélo. « Ça me vide la tête. » Le dimanche, c’était un déjeuner avec des collègues, puis un café, puis « on a parlé boulot », et ça finissait en milieu d’après-midi.
Pendant ce temps-là, à la maison, rien n’avançait.
Le lit parapluie est resté dans son carton pendant des semaines. Les courses, c’était toujours moi qui les anticipais sur une appli à moitié réveillée, avec un bébé accroché à moi. Les rendez-vous chez le pédiatre, les papiers pour la CAF, les lessives, les biberons, les nuits, les petits habits devenus trop petits du jour au lendemain… tout passait par moi.
Et le pire, c’est que personne ne voyait vraiment le travail que ça représente.
Julien me disait parfois :
« Tu aurais dû me demander. »
Mais demander quoi ? De voir que le frigo est vide ? De remarquer qu’un bébé de quatre mois ne prend pas seul son rendez-vous médical ? De comprendre qu’une femme qui n’a pas dormi depuis trois nuits n’a pas envie d’être chef de projet de sa propre survie ?
Je devenais sèche. Je le sentais. Je m’entendais parler et je ne me reconnaissais pas.
La semaine dernière, tout a explosé.
Notre fils s’est mis à avoir de la fièvre. Il pleurait d’une façon différente, un cri aigu, continu, qui me traversait les nerfs. Je l’ai pris contre moi, j’ai vérifié sa température, encore, encore. J’essayais de rester calme mais j’avais les mains qui tremblaient.
J’ai appelé Julien.
Une fois.
Deux fois.
Trois fois.
Aucune réponse.
J’ai laissé un message, puis un autre. Rien.
Je n’avais rien mangé de la journée. Il était déjà tard, j’étais en jogging taché de lait, les cheveux attachés n’importe comment, et je suis partie seule aux urgences pédiatriques avec mon bébé dans les bras et un sac préparé à moitié.
Je me souviens de la salle d’attente glaciale. Des autres parents. Des regards fatigués. De mon fils brûlant contre moi. Et de moi qui essayais de ne pas pleurer parce que si je commençais, je ne m’arrêtais plus.
Quand on est rentrés, il était presque 22h.
Julien était déjà là.
Il m’a regardée enlever mon manteau, sortir le carnet de santé, poser le cosy, et il a dit, très sincèrement je crois :
« Bah… t’as l’air tendue. »
Je l’ai fixé sans parler.
Puis il a ajouté en regardant le bébé :
« Franchement, il n’a pas l’air si mal. »
Là, j’ai craqué.
Pas une jolie larme discrète. Non. J’ai pleuré d’épuisement, de rage, d’humiliation. Le genre de pleurs où tu n’arrives même plus à expliquer.
Je lui ai dit :
« Tu n’étais pas là. Tu n’es jamais là. »
Il a soufflé, agacé.
« Je fais de mon mieux, Camille. Tu es excessive. »
Excessive.
Ce mot m’a finie.
Le lendemain matin, j’avais déjà préparé un sac. Quelques bodies, des couches, mes affaires, le doudou qu’on n’utilise même pas encore. Mes parents habitent à une heure vingt. J’étais prête à partir.
Je lui ai dit, très calmement cette fois :
« Soit ça change vraiment, soit je rentre chez mes parents avec le bébé. Je ne peux plus vivre comme ça. »
Il m’a d’abord regardée comme si je faisais du chantage. Puis il a vu que je ne bluffais pas.
Il s’est assis. Il avait l’air vidé. Et d’un coup, il a lâché quelque chose que je n’attendais pas du tout.
« J’ai peur, Camille. »
Je n’ai rien dit.
Alors il a continué, les yeux baissés :
« J’ai peur de ne pas savoir faire. De le prendre et qu’il se mette à hurler. De mal le tenir. De ne pas réussir à le calmer. Au boulot, au moins, je maîtrise. Ici… j’ai l’impression d’être nul. Alors oui, je fuis. C’est plus simple. »
J’étais en colère, et en même temps… j’ai entendu sa honte.
Pas une excuse miracle. Pas de quoi effacer ces mois. Mais sa honte, oui.
Il a promis de revoir ses horaires. De poser des RTT. D’arrêter les déjeuners qui durent des heures. De prendre les rendez-vous de la semaine prochaine. Même de monter enfin ce fichu lit parapluie.
Depuis, il fait des efforts. Un peu. Il a donné le bain deux fois. Il est rentré plus tôt jeudi. Hier, il a fait les courses, enfin presque, il a oublié la moitié, mais bon. Je vois qu’il essaie. Ou j’ai envie de le voir, je ne sais pas encore.
Le problème, c’est que je suis arrivée à un point où les promesses me glissent dessus. J’attends les actes, et j’ai peur de me ramollir dès qu’il fait trois gestes corrects.
Je n’ai pas envie de casser ma famille. Je n’ai pas envie non plus de m’effondrer à petit feu pour sauver les apparences.
Est-ce qu’un homme peut vraiment devenir père après avoir fui pendant des mois ?
Et vous, vous serais restés pour lui laisser une vraie chance, ou vous seriez partis avant de vous perdre complètement ?